07.06.2008

Calculs...

Se retrancher, se soustraire,

Une simple opération,

Prendre la somme totale,

S’en extraire

En projeter le résultat

Et le regarder,

Reprendre les éléments

Les disposer différemment

Refaire l’addition

S’en ôter encore

S’interroger,

vrac

Les mûres, la route jaune, les poires frot-frot, les grandes tartines au beurre salé, la cour à traverser pour aller aux toilettes, le plancher qui craque et fait peur, la cheminée si grande, le grand chien jaune et noir toujours attaché, le goût un peu métallique de l’eau au puit, les cornichons qui avaient envahi le potager, les vieilles toutes habillées de noir, le bois de châtaigniers, le klaxon du poissonnier, l’orvet trouvé sous la pierre, l’étable d’en face et le tas de fumier, les chaussures vernis du dimanche, les vermicelles de la cantine, les pieds nickelés dans le grenier, le sucre trempé dans le café, le fauteuil de ma grand-mère, le grand cheval rouan, la sortie à la mer, les tartines au sable…

05.06.2008

L'adolescence de l'amour

La verdeur acide avant le fruit sucré. De l'amour rien que l'amour fou,

Devenir marée dans son regard, qu'il soit roc dans le sien, que son ventre se déchire du manque, que le chemin soit trop long jusqu'à la chambre et les heures de la nuit trop courtes, que leurs corps en suées ne dorment qu'épuisés.

Qu'il use les mots à lui dire qu'elle est belle. Etre irraisonnable, oublier avoir jamais aimé, jurer de ne jamais aimer plus, qu'il soit tous les hommes pour elle, qu'il n'y ait d'autres femmes pour lui.

Que le sol se dérobe, qu'il n'y ait pas encore d'apaisement. Des tempêtes d'hiver qui font vaciller le rivage, que leur feu soit brûlant et joyeux .

L'adolescence de l'amour, que leur âge soit bête et magnifique, qu'ils attendent un peu pour être adultes.

04.06.2008

envie de silences

Les mots qui reprennent, avec à l'âme une douce prudence et à la peau une envie de silences.

03.06.2008

les voleurs

là où je vis, des voleurs rodent la nuit. Ils ont emporté avec eux, alors que nous dormions, une part de mémoire gravée dans ce qu'ils ont cru être un ordinateur. Mais c'était une bibliothèque, une médiathèque, un journal des jours, des traces de vacances rieuses, des bouts de réflexion, des empreintes de rencontres. Un support de mémoire, une annexe des souvenirs. Mes voleurs ne lisent pas les blogs, ils ne sauront pas qu'ils ont volés les premières images d'un petit poulain libre des montagnes, l'émerveillement des enfants de la ville le découvrant... ils revendront pour une bouchée de pain le support froid de toutes ces traces que nous nous raconterons...

02.06.2008

silence

tant de mots échangés, puis le silence, aucune explication, juste l'arrêt brutal de l'échange, dans lequel résonne encore les sonorités,

01.06.2008

la cerise à la terre

C’est le problème des souvenirs. Ils fonctionnement comme des taches d’encre sur du papier buvard. Selon le grain du papier, elles filent plus ou moins loin pour dessiner à chaque fois une nouvelle forme.

Il se trouve que le grain de mon buvard est tissé de fils denses et inégaux, si bien que les taches ne se rejoignent pas sur le buvard, laissant des espaces vides et secs que je peine à me remémorer.

Regardez plutôt ce souvenir. Je me revois mangeant une cerise aigrelette après l’avoir roulée dans la terre. Voilà, la goutte d’encre vient de tomber sur le papier. Quelles sentes va t’elle emprunter ? La tache s’étale un peu…

Pour aller plus loin : La cerise à la terre.doc

 

31.05.2008

Distance

Maîtriser l'inquiétude qui s'insinue, se faire patience, s'imposer la sérénité. Comme est étrange ce qui nous envahit quand la présence se fait distance. Les mots remémorés comme des talismans, les silences explorés...

la chausseuse

Je n’avais jamais vraiment remarqué cette boutique. Dans ce quartier encore populaire, on trouve toutes sortes de boutiques, de la corsetterie au fromager. Mais ce midi là j’eus l’œil attiré par une pancarte, rédigée à la main « grand arrivage de chaussures femmes de grandes taille »…

Je suis affublée depuis longtemps et sans espoir que cela ne guérisse, de grands pieds. Je fuis les magasins de chaussures traditionnels où les vendeuses me regardent en haussant les sourcils lorsque j’annonce ma taille. Pour elles mon cas semble relever de l’orthopédie. Et pourtant, je ne dépasse que d’une ou deux tailles les pointures classiques, mais à ce titre j’appartiens à un autre monde, celui des boutiques dans lesquelles, on vous multiplie par deux ou trois le prix des chaussures.

Futiles préoccupations me direz vous, je vous l’accorde, mais c’est ainsi mes pieds me préoccupent à chaque changement de saison.

Revenons à la boutique. Je décidais d’y entrer pour voir si la pancarte annonçant le miracle disait vrai.

Je pénétrais dans un espace d’environ une vingtaine de m2 (bien que le mot « espace » soit bien mal adapté à un lieu dans lequel l’espace justement était ce qui manquait le plus). Les murs étaient couverts du sol au plafond d’un empilement de boites de chaussures. Au milieu, deux autres rangées de boites brinquebalantes, sur lesquels étaient juchées des paires de chaussures de toutes sortes.

pour poursuivre l'histoire :

la chausseuse.doc

29.05.2008

tant de douceur

parfois mon geste se suspend, un rien me ramène à la mémoire la douceur,

les yeux fermés mon âme soudain se souvient, comme d'une chose oubliée... l'étonnement de la présence,

dans ce temps troublé, tant de douceur pourtant,