14.07.2009
Un jour je suis devenue femme, c'était le début d'un autre été
Un jour je suis devenue femme, je me souviens exactement du moment et du lieu où cela c'est passé. Il était 18h, c’était le début d’un autre été, il faisait chaud. J’étais assise sur un banc en bois et en pierre, dans Paris. Et j’ai senti la transformation s’opérer, exactement là, à cette seconde. Avant ce n’étaient des prémisses, des préparations, je n’étais pas encore de l’autre côté. Et là joyeuse et presque en colère, j’ai pris conscience de la mutation,
Alors comme ça je serai femme ! Femme ! Et j’aimerai être belle ! Et j’aimerai les hommes comme des hommes ! Et puis, parfois aussi je pleurerai…
Une femme, une meuf, une nana, une qui s’évanouie. Pire encore une femme blonde. Une qui aimera les jupes et les talons. Une qui se sentira flattée du regard des hommes. Une qui aimera leur désir.
Je serai une femme et j’aimerai infiniment l’être. J’aimerai l’homme que j’aimerai un jour comme un homme et j’aimerai qu’il m’aime femme. J’aimerai qu’il me trouve belle, qu’il me regarde et me dise « on s’en va » et que vingt minutes après nous fassions l’amour.
J’aimerai être futile parfois et dépensière, j’aimerai ne pas savoir faire ce que les hommes savent faire. J’aimerai être mère et sentir mon ventre déchiré quand mes enfants seront loin de moi. J’aimerai être femme et je n’abdiquerai ni ma raison, ni ma force, ni mon esprit. J’aimerai poser ma joue sur son épaule. J’aimerai quand il me dira « tu es courageuse », comme on le dirait à quelqu’un pour qui se serait un effort de l’être.
Oh oui je serai femme ! J’aimerai qu’il cherche mon désir de sa main et que ses yeux brillent de me sentir humide. J’aimerai quand son envie sera impétueuse. J’aimerai son regard fier et doux quand le plaisir m’emmènera si loin que je croirai me perdre.
J’aimerai le regard des hommes dans la rue quand je marcherai, je le sentirai et parfois je croiserai leurs yeux et ils sauront que j’ai compris ce qu'il y a derrière.
J’aimerai savoir que tu es différent de moi parce que tu es un homme. Et plus je serai femme et plus j’aurai de plaisir à t’accueillir comme homme. J’aimerai ton désir palpable, tes pupilles qui progressivement s’élargiront à mesure que tu sentiras ton sexe se dresser. J’aimerai ton regard qui rajeunira. J’aimerai tes bras qui s’ouvriront et m’enserreront quand les larmes me viendront. J’aimerai t’entendre dire « je suis là ».
Tout cela je l’ai su à cet instant sur ce banc de bois et de pierre, dans cette cour, dans Paris. En une seconde, révélé ce qui serait désormais.
11:01 Publié dans Des mots des sens | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : femme
01.12.2008
21h15 boulevard Barbès
Elle avance rapidement
Elle longe le mur d’un pas presque mécanique
Il fait 3 degrés, la pluie est fine et glaciale.
Elle porte un costume traditionnel
Ses jambes sont nues sous le tissu bariolé
Pas de bas dans ses chaussures plates et un peu larges
.
Un foulard noué sur les cheveux
Et un blouson complété d’une écharpe
Elle se presse
.
A ses bras deux grands sacs
Et dans son dos un enfant
dont je ne vois que la tête recouverte d’un foulard
qui dodeline à chacun des pas de sa mère
.
Soudain elle bifurque, je m’arrête
Elle traverse la voie
De l’autre côté il y a la station de métro
Je surprends son regard
Transparent
Elle ne me voit pas
Elle se presse
Son visage est jeune
Tendu dans l’effort
Un voile épais de lassitude
Et malgré tout
Des traces d’insouciances et de légèreté
.
Je regarde ses jambes
Ses pieds dans ses souliers trop larges
Elle serre contre elle ses sacs
Et se cambre sous le poids de l’enfant
Puis elle s’engouffre dans la station
Je me réjouis pour elle,
Je pense à ce qu’elle ressent
A retrouver un peu de chaleur
Il y a quelques minutes, je crois,
Je m’apitoyais sur mon sort
Sur cette transhumance dominicale et solitaire
De la maison de béton à l’appartement vide
J’avais froid déjà d’un manque de chaleur
Qu’aucun bras ne réchaufferait
.
Je me prends à espérer
Qu’au bout de sa ligne de métro
Un homme attend cette femme.
Il couchera l’enfant ensommeillé sans le réveiller
Puis il s’agenouillera
Lui ôtera ses souliers
Prendra dans ses mains ses pieds gelés
Les portera à sa bouche pour les réchauffer de son souffle
Et les caressera longuement
En lui disant qu’elle est belle
Et en lui parlant de Pays où il ne fait jamais froid.
Je donnerai une part de l'amour que j'espère pour qu'il en soit ainsi
08:15 Publié dans Mots de ma ville et d'ailleurs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : barbès, froid, femme, enfant, pieds, amour








