22.02.2009
Par coeur
Quand on était petit, on récitait par cœur des poésies. Un peu plus grande, j’ai appris par cœur des pages et des pages d’histoire ou de géographie que ma grand mère me faisait répéter à la virgule près. "Recommence tu t'es trompée !" me disait-elle. Oh comme j’y mettais du cœur !
Me reviennent aussi des vers de Musset mille fois prononcés comme des talismans, « Quand dans le désert, la cavale sauvage, attend un jour d’orage, pour boire l’eau du ciel sur les palmiers poudreux… ».
Et me voilà aujourd’hui, à apprendre quelques malheureux articles, le cœur en panne de réciter. Je prends l’article premier et déjà mon cœur se débat, je lis et relis le second et mon cœur vagabonde vers d’autres apprentissages, le troisième est là sous mes yeux mais je ne le vois plus.
Je voudrais t’apprendre par cœur, ouvrir mon cœur à tes sonorités, me laisser emporter…
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30.12.2008
La théière
La porte était ouverte comme elle l’était toujours. C’était le milieu de l’après-midi dans l’été finissant. Il lança un joyeux « Bonjour Honorable ! ».
La maison était sombre, les persiennes tirées. L’Honorable était assis à la grande table de bois devant une tasse de thé. Il lui répondit « Bonjour Feu Follet ».
Feu Follet voulu ajouter « je voulais…» mais il laissa sa phrase en suspend. Quelque chose n’allait pas….
Certes l’Honorable lui avait répondu en souriant. Mais sa voix était éteinte et son sourire si las qu’il alarma Feu Follet. Que se passait-il ?
« Tu veux une tasse de thé ? » L’Honorable indiquait la vieille théière en fonte installée au centre de la table qui avait été le témoin de tant de leurs conversations.
Feu Follet acquiesça d’un signe et attrapa la tasse qui voisinait la théière. Il y avait toujours deux tasses au centre de la table. Le thé était froid, comme devait l’être celui de la tasse de l’Honorable.
Celui-ci était assis immobile, il regardait devant lui.Feu Follet ne savait que faire, l’Honorable semblait si triste, plus triste que la tristesse même.Il se sentit tout désemparé. Que pouvait-il lui si petit pour consoler une si grande tristesse ?
Ne sachant que dire, il ne dit rien. Il se leva et s’empara de la théière.Il avait vu maintes fois l’Honorable préparer le thé. Il disait qu’il était indispensable à la réflexion.Il emplit la théière d’eau fraiche et la posa sur le poêle.
Le thé était dans une boite en fer blanc. Il attendit que l’eau se mette à frémir, retira la théière du feu, jeta dedans deux pincées de thé et patienta un peu le temps qu’elles infusent. Il tournait le dos à l’Honorable, regardant la théière se demandant bien ce qu’il pouvait faire.
Puis il revint à la table et pris la tasse de l’Honorable, en jeta le restant froid, la remplit de nouveau et la ramena sur la table. L’Honorable n’avait pas fait un geste.
Alors il se rassit et ne trouva plus rien d’autre à faire ou à dire.
Le tic-tac de l’horloge résonnait dans la pièce, Feu Follet se dit qu’il ne l’avait jamais entendu tant leurs discussions étaient passionnées.
Il faisait presque noir dans la pièce, seule la porte ouverte laissait entrer la lueur du jour.Le temps semblait s’écouler au ralenti.Après de longues minutes, l’Honorable sembla sortir de sa rêverie, il prit sa tasse à deux mains et la porta à ses lèvres.
« Merci Feu Follet »
Ils restèrent ainsi un moment, chacun buvant son thé à petites gorgées.Feu Follet sentait son cœur tenter de se projeter vers celui l’Honorable, pour lui dire au-delà des mots qu’il ne connaissait pas : je suis là, je porte ta peine avec toi, quelle qu’elle soit, mon cœur n’est pas bien grand, mais je suis là. De longues minutes passèrent encore, puis l’Honorable se redressa, leva les yeux et le regarda.
«Je sais, Feu Follet, merci d’être là. »
Feu Follet se sentit tout gêné et heureux à la fois.Sans que rien ne le manifesta, il perçut dans son cœur celui de l’Honorable se réchauffer un peu.Puis, ce dernier brusquement se leva et d’une voix assurée proposa
«Veux-tu faire un tour ? Il fait froid ici »
Ne laissant pas le temps à Feu Follet de répondre, il prit sa canne et ils sortirent.L’air était chaud, le jour souriant.L’Honorable poussa la grille du jardinet et ils s’engagèrent sur le chemin.
Ils marchèrent longuement, sans rien se dire. Le silence ne pesait pas à ces deux-là qui avaient tant parlé.
20:11 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : honorable, feu-follet, tristesse, thé, coeur








