30.01.2009

Dans Paris

Dans Paris que j'aime, il y a des gens que j'aime

un compagnon de route, une jumelle tardive, une grande sœur d'adoption, un ami qui n'aime pas les non-dits, un ange patient et puis quelques autres, pas trop nombreux, pour pouvoir les bien aimer,

Dans le reste du monde que j'aime, il y a des gens que j'aime aussi,

une fée, un honorable, une elfe et quelques autres du monde et de l'arrière monde, ils sont un peu moins nombreux, ça demande du temps d'aimer de loin,

Tout contre moi, il y a des petits loups que j’aime, ils sont juste trois et c’est bien comme ça

Et, dans le monde et Paris que j’aime, il y aura quelqu’un à qui je trouverai doux de parler de ceux là qui font la vie belle.

 

01.12.2008

21h15 boulevard Barbès

Elle avance rapidement

Elle longe le mur d’un pas presque mécanique

Il fait 3 degrés, la pluie est fine et glaciale.

Elle porte un costume traditionnel

Ses jambes sont nues sous le tissu bariolé

Pas de bas dans ses chaussures plates et un peu larges

.

Un foulard noué sur les cheveux

Et un blouson complété d’une écharpe

Elle se presse

.

A ses bras deux grands sacs

Et dans son dos un enfant

dont je ne vois que la tête recouverte d’un foulard

qui dodeline à chacun des pas de sa mère

 .

Soudain elle bifurque, je m’arrête

Elle traverse la voie

De l’autre côté il y a la station de métro

Je surprends son regard

Transparent

Elle ne me voit pas

Elle se presse

Son visage est jeune

Tendu dans l’effort

Un voile épais de lassitude

Et malgré tout

Des traces d’insouciances et de légèreté

 .

Je regarde ses jambes

Ses pieds dans ses souliers trop larges

Elle serre contre elle ses sacs

Et se cambre sous le poids de l’enfant

Puis elle s’engouffre dans la station

Je me réjouis pour elle,

Je pense à ce qu’elle ressent

A retrouver un peu de chaleur

 

Il y a quelques minutes, je crois,

Je m’apitoyais sur mon sort

Sur cette transhumance dominicale et solitaire

De la maison de béton à l’appartement vide

J’avais froid déjà d’un manque de chaleur

Qu’aucun bras ne réchaufferait

. 

Je me prends à espérer

Qu’au bout de sa ligne de métro

Un homme attend cette femme.

Il couchera l’enfant ensommeillé sans le réveiller

Puis il s’agenouillera

Lui ôtera ses souliers

Prendra dans ses mains ses pieds gelés

Les portera à sa bouche pour les réchauffer de son souffle

Et les caressera longuement

En lui disant qu’elle est belle

 

Et en lui parlant de Pays où il ne fait jamais froid.

 Je donnerai une part de l'amour que j'espère pour qu'il en soit ainsi

 

 

 

22.11.2008

doux et bancal

Parfois l’amour vient, on ne l’avait pas prévu et il n’est pas du tout ce que l’on imaginait.

On était sure de soi, la prochaine fois il serait comme ci, et surtout pas comme ça, une femme avertie, c’est sur, en vaut bien deux … cette fois ci pas de doute, tout serait parfait, on s’était dessiné le parfait profil de celui qui, …

et puis … patatras, pirouette et pied de nez, la vie qui se marre « ainsi tu croyais me maîtriser ? », pliée en deux qu’elle est la vie, elle nous regarde en coin « je t’ai bien eu ! »

« et maintenant tu fais quoi ? »

Alors on peste un peu, on se fait le coup du Calimero « c’est vraiment trop injuste ! » mais comme la vie nous regarde on se sent ridicule, et puis on se dit qu’on était bien prétentieux, et on rit à notre tour de nos prétentions et on se sent humble et l’humilité nous fait du bien…

Alors puisque la vie est ainsi, on essaye de faire avec cet amour biscornu, cet amour pas comme on l’avait prévu, pas calibré comme il faudrait qu’il soit, mais si doux…

parfois on se dit encore qu’il serait bien plus raisonnable d’être raisonnable, mais on ne sait même plus trop comment il faut faire, alors on la laisse faire cette vie facétieuse, on se dit qu’on verra bien plus tard et puis que serait pas humain de résister et que tout compte fait on est juste humaine et alors on le laisse faire cet amour bancal et si puissant et il nous envahit et plus il nous envahit et plus c’est doux

 

 

 

20.11.2008

présence

19h40,

je remonte un torrent de voyageurs déroutés

le flot se fend et se reforme derrière moi

.

Tu ne m’as pas quitté,

01.11.2008

un arpent d'amour

Un arpent romain que deux bœufs, accouplés, labouraient en un jour.

Les cent perches carrées de l’arpent français qui variait beaucoup comme variait le nombre de pieds dont était fait une perche.

.

L’arpent de ce doux géomètre supposé maître du périmètre d’un amour cadastré.

Une parcelle, aux contours affirmés avec la conviction de celui qui s’en veut convaincre.

Ici est, là n’est pas !

. 

La carte improbable des terra incognita d’un sentiment que la géométrie ignore

et qui regarde, amusé,

les bornes érigées sur une terre que déjà il ne foule plus.

.

 

Déjà à l'école, j'étais mauvaise, en géométrie...

01.05.2008

déshabituation

733328542.jpgl'être peine à ne devoir être que partiel

chaque nouvel autre comme une mise en doute

effleurement plus qu'emportement,

l'absolu...

...mais contenu,

je vous aime rarement, ne devrais-je pas m'en déshabituer ?

photo : Didier

29.04.2008

sonorités

Une cloche à toute volée, la voix d’un chien

Mon esprit de rêve peine à donner un sens à ces sonorités

Il choisit de m’éveiller,

Le son du dernier carillon résonne encore,

Je laisse ce réel autre m’envahir

Le chien s’est apaisé, un peu au loin de l’eau qui coule, l’image se forme de l’abreuvoir à quelques pas de la maison

Quelques sonnailles, les brebis n’ont pas encore rejoint les estives

Les sons se distinguent nettement dans l’air d’altitude,

Je quitte la chaleur du lit, le jour est levé, l’air encore frais

J’emporte mon café dehors pour emplir mon regard des montagnes autour, cet espace respire la sérénité

24.04.2008

histoire à flots

Le premier choix sera celui de la saison,

L’été n’est pas approprié, il vous serait agréable, mais vous auriez du mal à être seul pour réaliser l’opération. L’automne est par trop triste et puis c’est saison de pluies et de gris, il vous faut de la lumière, pour la suivre longtemps des yeux. L’hiver est intéressant, les lieux seront déserts, les tempêtes propices, mais les jours sont courts et le froid risque de faire trembler vos mains alors qu’elles doivent être fortes et habiles. Alors retenons le printemps, vous y aurez la lumière et, si vous ne tardez pas trop dans la saison, les lieux seront calmes encore,

. 

Le second choix sera celui du jour, cela ne doit pas être un jour banal, vous risquez de vous en souvenir longtemps,

Un lundi ne conviendrait pas. Commence-t-on à changer de vie un lundi ? Mercredi, c’est le jour des enfants et il vous faut être seul. Un mardi ou un jeudi, ça n’a pas de sens, faux milieu, ni début ni fin de semaine. Dimanche est jour de promenade, il risque d’y avoir foule. Le samedi est un peu vulgaire,. Un vendredi serait bien, un jour d’avant vacances, d’avant liberté. Oui, disons, un vendredi…

. 

Puis vous aurez à choisir le lieu, avec soin. Il doit être désert, c’est impératif.

Il sera conforme à vos espérances; ont-elles des marges ? Alors vous choisirez la mer. Sont-elles sans bornes ? Alors seul l’océan vous satisfera…

La forme du rivage comptera également, il ne faut pas qu’il soit trop plat. Le mieux serait encore de vous procurer une carte marine, pour étudier les courants. Vous chercherez là où ils s’approchent le plus des côtes. Il faudra aussi éviter la trop grande proximité des ports. Il serait mieux que les flots soient déserts.

. 

Le jour réservé, l’heure aura aussi son importance; Il vous faudra vous munir d'un calendrier des marées, elles changent chaque jour. Vous élirez le juste moment de la pleine-eau, entre flux et reflux, le moment où l’onde semble immobile, où ,le va-et-vient interrompu, le courant latéral exprime sa pleine puissance,

Attention le moment est rare ! Si vous le manquez il vous faudra attendre une semaine de plus et, si la saison du printemps est trop avancée, vous risquez de perdre une année avant que l'instant ne se reproduise.

.

Vous vous rendrez alors dans une papeterie, vous la choisirez spécialisée en beaux papiers. Vous chercherez une matière brochée, il faudra qu’elle soit suffisamment souple, tout en étant résistante. Vous éviterez les couleurs, ou alors seulement une légère touche ivoire. Vous demanderez plusieurs feuilles, non que vous puissiez multiplier l'exercice, un seul vous sera autorisé, mais il y a fort à parier qu’il vous faudra quelques brouillons avant d’être satisfait,

Dans la même boutique, vous choisirez votre plume. Vous n’avez là, pas le droit à l’erreur, elle sera la part la plus décelable de vous-même, il vous faudra en essayer plusieurs, vous devrez être aimable avec le vendeur. L’encre ne pourra qu’être noire, ou d’un gris soutenu.

J’allais oublier, vous devrez également acquérir un ruban ! Le mieux serait qu’il soit rouge et en soie naturelle. De tranche large pour ne pas abimer le papier

. 

De plume, de ruban et de feuilles munis, vous choisirez un lieu pour écrire. Prétez y attention, il restera gravé dans votre mémoire.

Un banc public pourrait faire l’affaire, ou une chaise dans un parc. Mais vous avez choisi le printemps, souvenez-vous, il ne faudrait pas que vos feuilles se transforment en buvard pour giboulées.

Un café serait approprié, vous le choisirez peu passant, il vous faudra du calme. Le décor vous inspirera, il serait bien que les murs en soient anciens, ils auront la mémoire d’autres que vous. Vous commanderez du thé, le thé sied à l’écriture.

.

Alors vous commencerez à penser.

Le texte doit être court et précis. Il doit aussi donner à rêver. Vous ne commencerez à écrire que lorsque votre esprit aura formulé en vous les mots. Vous ferez quelques modèles. Heureusement vous avez plusieurs feuilles. Vous devrez absolument soigner votre écriture !

Puis vous roulerez le papier sur lui-même et l’entourerez du ruban.

. 

Restera alors une mission délicate. Il vous faudra chercher l’embarcation. Ses flancs devront être translucides. Elle devra être parfaitement hermétique, toute fortune de mer vous est interdite. Elle pourra être ouvragée, mais une plus modeste fera aussi bien l'affaire. Si ella a connu d'autres usages, vous la nettoierez avec soin.

.

Et puis le jour dit, à l’heure convenue, sous le soleil encore un peu froid du printemps, sur le rivage choisi de mer ou d’océan, là où le courant s’approche le plus de la côte, au moment où la marée est immobile… vous glisserez le rouleau enrubané dans la bouteille, vous la refermerez avec soin, vous vous approcherez de l’eau, puis vous reculerez de quinze pas, vous prendrez alors votre élan et, de toutes vos forces, vous jetterez la bouteille à la mer… Vous la regarderez alors voguer jusqu’à ce qu’elle soit emportée par le courant.

Puis vous rentrerez chez vous et patienterez calmement. Vous vous rendrez chaque vendredi, à la même heure sur le rivage et attendrez que le flot immobile reparte de l’avant. Vous resterez jusqu’au reflux.

. 

Vous reviendrez saison après saison, jusqu’à ce que celle que vous attendez, trouve la bouteille, l’ouvre, extraie le rouleau, fasse glisser le ruban, déroule le papier broché fin mais résistant, découvre la plume et l’encre, lise vos mots, et… s’émerveille Puis qu’elle se rende dans une boutique, achète du papier et une plume, écrive d’une belle écriture douce et penchée… qu’elle est émue…. Et roule la feuille, l’enserre du ruban rouge, la glisse dans la bouteille, qu’elle calfeutrera avec soin, retourne sur le rivage un vendredi, choisisse le moment où la marée est suspendue, s’approche de la mer, recule de quinze pas, et lance l’embarcation dans le courant de toutes ses forces

Et un vendredi, à l’heure montante de la marée, vous verrez les vagues ramener vers vous cette drôle de bouteille translucide que vous aviez mis tant de temps à trouver.

. 

Vous l’ouvrirez fébrilement, noterez immédiatement que le papier n'est pas de même facture que le votre, alors, de vos mains tremblantes, vous ôterez le ruban, déroulerez la feuille… et lirez les mots de votre déjà bien aimée

 

 

 

23.04.2008

belle âme

la nuit fut à la déconstruction, au désorientement, au presque désespoir, le sable dans l'onde tourmenté,

le matin me trouva vide de sens, l'eau trouble encore

la journée se déroula, le soleil doucement perçant le flot s'éclaircissant,

la soirée s'approchant le coagula s'achève, le limon s'est posé

la force recomposée,

les choses à leur place,

la douceur à la sienne, la réalité aussi,

me reste le bonheur d'une belle âme rencontrée,

 

 

22.04.2008

imprudence

il aurait fallu que tu ne sois pas trop doux, que tu garde la distance,

il aurait fallu que tu la traites avec légèreté,

tu n'aurais pas trop dû lui parler

ne pas l'écouter non plus

elle aurait été plus prudente

elle t'aurait regardé de loin

elle t'aurait prété une oreille distraite

vous vous seriez quitté légèrement,

tu serais passé à autre chose,

elle t'aurait à peine gardé en mémoire

 

Toutes les notes