18.07.2008

les couvreurs

Ils étaient arrivés tôt, alors que je goûtais mon premier café sur la terrasse. Un petit camion benne, qui s’était garé dans la pente. Quand on parle de pente ici, on sait ce que cela veut dire, on n’y monte plus quand la neige arrive.

Leur arrivée dans le petit village accroché au flanc de la montagne s’était faite dans le calme, pas de claquements de portières, de bousculement des matériaux sur le plateau du camion.

Ils étaient deux, de taille moyenne, plutôt fins. Le premier ne devait pas avoir plus de trente ans, une tignasse brune en bataille, un sourire franc, un pantalon de toile bleue et une chemise. Le second me semblait un peu plus âgé. Manifestement, des deux c’était lui le patron. Lui aussi était habillé simplement, un jean et un tee-shirt. Ils avaient tous deux le visage mat. Pas du hâle que l’on obtient sur les plages, mais de celui que l’on garde toute l’année à force de passer du temps au grand air. Le temps pour moi de rentrer à l’intérieur pour quelques tâches et de ressortir avec le second café du matin, ils avaient commencé à sortir de longues planches du camion, qu’ils glissaient au dessus du mur de l’habitation et assemblaient le long des gouttières. C’était une maison en pierre au vaste toit d’ardoise, à deux pans, qui se découpait sur le fond de la vallée.

Tout au long du matin je les vis travailler, marchant sur ces planches comme sur le sol. Ils œuvraient en se parlant peu, ces deux là, manifestement se connaissaient de longue date. Leurs gestes s’accordaient, sans presqu’un regard. Ils commencèrent par déshabiller un pan du toit, offrant à l’air vif la nudité de la maison. De là où j’étais placée je ne voyais pas l’intérieur, mais simplement les chevrons de la charpente. Le premier passait les ardoises au second qui les entassaient sur une planche presque sans un bruit.

Ils me semblaient travailler lentement quand je les regardais par-dessus la couverture de mon livre, mais dès que je les quittais, je retrouvais à mon retour leur ouvrage très avancé. Leur régularité tranquille me fascinait. Parfois nos regards se croisaient, sans que nous échangions de signe de reconnaissance. J’avais surpris un sourire de connivence entre eux quand je m’étais installée, mais mon observation attentive ne semblait pas les gêner. Nous étions simplement là, eux absorbés par leur travail et moi les regardant, lisant et écrivant dans la journée qui s’étirait sans bruit.

En milieu d’après-midi, alors que je m’étais de nouveau installée avec mon livre alibi sur la terrasse, je les vis soudain tous deux se redresser debout sur le toit, leur silhouette se découpant sur la montagne derrière eux. Ils observaient le ciel, échangeant à mi-voix. Depuis le matin des nuages passaient, traversant lentement la vallée de part en part. L’air était vif, mais il n’y avait pas de vent. Le temps annoncé devait être beau toute la journée.

Ils se parlèrent un moment, puis descendirent du toit. Je les vis alors retirer du camion des bâches bleues. Avec la même lenteur et la même régularité qui avaient attiré mon regard, ils déployèrent une à une les bâches recouvrant la partie du toit encore nue.

Je pris soudain conscience de ce que cela signifiait et entrepris de débarrasser l’étendoir du linge que j’avais étendu à l’aurore. Ce faisant nos regards se croisèrent de nouveau et je les remerciais d’un grand sourire. Ils me firent un petit signe de la tête, manifestement amusés. Le ciel qui n’annonçait rien à la profane que j’étais, quelques minutes avant, se teinta soudain d’un gris plus soutenu, le vent se levant de nulle part.

Ils avaient maintenant fini de recouvrir le toit et fumaient une cigarette assis sur le mur d’enceinte de la maison. Je fis de même et attendis les gouttes de pluies qui ne tardèrent pas à arriver.

Ils rejoignirent leur camion et je les vis alors repartir comme ils étaient venus, tout en maîtrise et en grâce. Le plus jeune me salua d'un sourire. Je me mis un peu à l’abri regardant la pluie qui se faisait de plus en plus dense striant l'horizon de raies verticales et argentées.

10.06.2008

Tornac

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Notre petit fantôme libre des montagnes grandit...

10.05.2008

l'uni-vert

1797678708.jpgtorrents de verts

vert enroulé des fougères encore en pousse

1334286851.jpgvert étoilé des champs653870492.jpg

vert éclatant des frondaisons

vert presque noir des lières

vert tendre des feuilles presque fleurs

 

vert transpirant d'eau,ici tout est vert, la vie jaillissante, impudique

573186560.jpgle ciel ne semble être là que pour le souligner

mon regard fait provision,841544238.jpg

 

 

 

01.05.2008

pyrénées..

je retarde le moment du départ, le ciel m'en est reconnaissant et s'emplie de bleu,

je laisse la maison dormir encore

le tintement de l'eau dans l'abreuvoir s'inscrit en sonorité-souvenir

au loin le gave murmure sourdement

 

succession de terrasses en ma mémoire, celle-ci est toute de lumière

la cloche maintenant qui sonne l'heure il est bientôt temps de partir,

il y aura quelques agitations,

211259216.jpgles mines encore endormies seront un peu tristes

je n'inventerai pas tout de suite un nouveau jeu

cette mélancolie est douce

ils laissent ici une petite âme blanche née quelques jours avant mai,

ils emportent avec eux, l'émerveillement quand il est apparu dans la montagne sombre

leurs fous rires dans l'herbe haute quand ils ont joué à se bousculer

ceux là se parlent déjà, poulain de la montagne et enfants de la ville,

 

rien ici ne me semble antinomique de là-bas, montagne et ville reliées, par notre passage,

 

entre loup et chien

la masse des montagnes commence à se marquer sur un ciel qui ne sera pas bleu

le temps nous dit qu'il est temps de partir

un peu de tristesse m'effleure

il aurait fallu plus de temps pour que mon âme s'apaise,

je laisse ici une part douce

à l'abri,

29.04.2008

sonorités

Une cloche à toute volée, la voix d’un chien

Mon esprit de rêve peine à donner un sens à ces sonorités

Il choisit de m’éveiller,

Le son du dernier carillon résonne encore,

Je laisse ce réel autre m’envahir

Le chien s’est apaisé, un peu au loin de l’eau qui coule, l’image se forme de l’abreuvoir à quelques pas de la maison

Quelques sonnailles, les brebis n’ont pas encore rejoint les estives

Les sons se distinguent nettement dans l’air d’altitude,

Je quitte la chaleur du lit, le jour est levé, l’air encore frais

J’emporte mon café dehors pour emplir mon regard des montagnes autour, cet espace respire la sérénité

28.04.2008

Tornac

580345244.JPGUne journée pour passer d’un monde à l’autre

La nuit déjà noire dans la vallée,

et ce petit fantôme presque blanc courant déjà aux flancs de sa mère

Né pour nous aux aurores de ce jour

Il ne connaîtra que la montagne

Il sera la part libre de nos rêves