08.05.2009
(11 et fin) le 5ème jour
Le 5ème jour, dès le début de l’après midi, les habitués s’installèrent, le chat, les volatiles, les enfants, la nounou… et le gardien, plus du tout grincheux, qui jusqu’à 17h organisa l’installation de la foule qui convergeait vers la placette et son bassin. Il en venait de partout, des visages qu’il n’avait jamais croisé, d’autres qu’il avait vu enfant plusieurs années auparavant et n’étaient pas revenus depuis...
A l’heure dite, elle arriva précédée par le silence, avec ses cheveux longs, sa jupe de tissu, son grand sac et son sourire. Comme les jours précédents elle s’installa au milieu de tous sur son fauteuil de parc. Le chat se roula en boule sur ses genoux et la voix commença.
Jusqu’à 17h45 il n’y eut d’autres sons que celui, cristallin, qui lisait calmement.
Puis un frémissement traversa la foule… Le gardien se dressa sur la pointe des pieds pour voir ce qui se passait. Un murmure semblait se diffuser du centre vers le pourtour de l’assemblée comme une onde dans l’eau du ruisseau qu’une pierre aurait fendu. Il comprit alors ce qui se passait.
Dans son grand livre, la voix venait de tourner la dernière page…. Le murmure s’arrêta et avec lui le souffle de tous ceux, hommes ou animaux, qui s’étaient groupés là, recueillis, autour de la voix.
Elle égrena alors les derniers mots et se tut.
Un frisson parcouru la foule comme au sortir d’un rêve. Le silence habité par la voix devint silencieux et pesant. L’air lui-même sembla s'arrêter de respirer. Quelques regards s’échangèrent… une immense hésitation.
Alors s’était fini ? N’allait-elle pas sortir de son cabas magique quelques autres ouvrages ? Retourneraient-ils tous à leurs vies ? Tout cela avait-il existé ?
Le silence sembla s’éterniser. La voix, muette maintenant, regardait autour d’elle en souriant comme étrangère à la tristesse qui contaminait progressivement l'assemblée. Quelques secondes encore et ce serait fini…
Alors, de cet attroupement improbable, s’éleva une petite voix, fluette et pas bien assurée : « Il était une fois.. »… tous les regards convergèrent vers le bassin où Léon, assis entre Pierre et Elise au sourire complice, avait ouvert un grand livre coloré…
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(10) La voix semblait envahir le silence
La voix semblait envahir le silence, comme le son pur et clair d’un ruisseau dans un sous-bois.
Il se dirigea vers le centre du parc. A chacun de ses pas, son agacement s’effilochait.
Quand il parvint aux abords de la pièce d’eau il ne fut même pas étonné. Cette foule assemblée, silencieuse, souriante, cette voix, assise sur un fauteuil, ce chat sur ses genoux, ces enfants si turbulents et aujourd’hui si attentifs… tout cela lui paru évident, naturel.
Il resta debout sur le talus, jusqu’à 18h et il la vit refermer son grand livre, le glisser dans son sac de toile, caresser le chat, le poser délicatement à ses pieds, se lever, regarder autour d’elle en souriant, puis s’en aller à travers la foule, sans que personne ne cherche à la retenir.
Alors chacun se sépara, les joggers d’un côté, les musiciens de l’autre, les mamy et les papy, les poussettes et les vélos, les pigeons et enfin le chat, qui trottina vers les fourrés.
Il surprit à leur passage quelques bribes de conversation entre Léon Pierre et Elise. Ils parlaient à voix basse comme trois conspirateurs. Qu’avaient-ils en tête ? Il tendit l’oreille mais ne put comprendre de quoi il retournait.
Il demeura longuement sur place puis s’en retourna, sa valise toujours à la main vers son chez lui, étonné d’entendre de nouveau les bruits de la ville.
11:42 Publié dans La voix | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : voix, sous bois
25.04.2009
(9) Mais les passants n'étaient pas les seuls
Mais les passants n’étaient pas les seuls intrigués. Ce jeudi était veille du jour où le gardien, qui s’était absenté pour aller voir sa vieille mère en Picardie, revenait à son poste. Descendant du train il ne put s’empêcher de faire un détour par le parc avant de rentrer chez lui. Cet hectare de verdure au cœur de la ville c’était son univers. Depuis 15 ans déjà il y faisait régner l’ordre. Il jouait à merveille le gardien bourru et grincheux, lui qui toute sa vie d’avant avait fait rire des légions d’enfants dans le cirque dans lequel il était clown. Mais le cirque avait fermé, alors il était devenu gardien.
L’entrée du parc était encore à une centaine de mètres quand son instinct fut alerté. La rue qui longeait son domaine était bizarrement silencieuse. Non qu’il n’y eut pas de voiture, mais elles roulaient … sans faire de bruit. Il eut peur un instant d’avoir perdu l’ouïe et maugréa contre la vieillesse qui emportait ses forces. Mais, soudain, il entendit la voix. Elle semblait venir du parc. Que se passait-il ? Qui avait décidé sans le prévenir d’y organiser une manifestation ? Il se précipita à l’intérieur, au comble de l’énervement. Si « on » avait l’intention de passer outre son avis, « on » verrait bien de quel bois il se chauffe.
Décidemment c’était le monde à l’envers, il regarda sa montre, 17h30, mais pourquoi son parc était-il vide ?
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13.04.2009
(8) Un peu avant 17h, le 4ème jour
Un peu avant 17h, le 4ème jour, on put voir des quatre coins du parc une foule souriante et silencieuse converger vers la pièce d’eau. Les enfants, traînants parents et nounous, les musiciens ,chargés de leurs instruments, les joggers, qui avaient été rejoint pas deux jolis joggeuses, les mamies et tout leur club de bridge, Elise, Léon et Pierre et une foule ailée où se mélaient aux pigeons et aux moineaux du départ, quelques merles et un perroquet échappé de sa cage. Le chat, lui, était là depuis le matin. Après la maraude de la nuit dans les poubelles du quartier, il s’était endormi en boule sur le fauteuil rêvant d’une jupe fleurie.
A l’heure dite, la voix arriva. Elle ne manifesta aucun étonnement à la vue de ses auditeurs rassemblés. Elle sourit aux uns et aux autres et se dirigea vers son fauteuil gardé par le chat au centre de l’assemblée.
Elle s’assit ouvrit son livre, et la foule se mit à vibrer.
Le silence s’étendit, jusqu’aux confins du parc.
Quelques passants qui longeaient la grille extérieure en furent étonnés. Il était étrange ce parc, il y régnait un étonnant silence. Enfin pas tout à fait, on entendait une voix limpide et claire.
Les plus pressés d’entre eux, se contentèrent d’hausser les épaules et de poursuivre leur chemin. Mais plusieurs obliquèrent vers la grille d’entrée, pénétrant parfois pour la première fois dans ce parc qu’ils contournaient chaque jour.
Le parc semblait désert, en avançant plus loin vers son centre guidés par la voix, il tombèrent sur une foule bigarrée et recueillie et trouvèrent à s’assoir sur le talus qui entourait la placette.
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10.04.2009
(7) le lendemain quand elle arriva
Le lendemain, quand elle s'intalla, il y avait déjà foule. Tous étaient arrivés un peu avant 17h, ils s’étaient salués, comme de vieux amis. Les moineaux frottant le bec des pigeons, les joggers serrant la pince des grands-mères, les musiciens souriant à Elise et Léon et Pierre caressant le chat. Puis ils avaient repris la place qu'ils occupaient la veille.
C’était le jour des enfants au parc, ils avaient passé la journée à courir et à crier. Les papas, les mamans et les nounous s’étaient entassés sur les bancs autour du bac à sable.
Quand, à 17h, au moment où ils rangeaient les gouters, l’histoire commença, le silence se fit. Plus de cris de guerre, de rires ou de pleurs. Les enfants étaient soudain devenus muets. Les adultes s’en étonnèrent, se regardèrent et … entendirent la voix. Alors ils suivirent les enfants qui, comme un seul homme, se dirigeaient vers le centre du parc.
Autour de la pièce d’eau, ils vinrent grossir l’assemblée, s’asseyant sur les pelouses ou à même les graviers.
Le chat leva un moment la tête, mais un seul regard ne suffisait déjà plus à compter les présents, il se roula de nouveau en boule, décidemment elle sentait vraiment bon cette voix.
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08.04.2009
(6) Le deuxième jour (suite)
Le plus vieux des deux, qui était contrebassiste et fin d’oreille, repris « non non, écoutes bien, il y a quelqu’un qui parle. D’où cela peut il venir ? »
Les deux joogers se dirigèrent alors vers l’origine de la voix comme on remonte un fleuve. Ils furent étonnés de ne pas en trouver la source à proximité. Tout cela était étrange, le volume de cette voix ne se modifiait pas à mesure qu’ils avançaient vers elle. Lorsqu’ils arrivent à proximité de la pièce d’eau ils virent la petite communauté déjà installée. Oubliant les kilomètres à parcourir ils allèrent s’assoir à côté des deux vieilles dames.
Peu de temps après ils furent rejoint par l’harmonie municipale au complet. On était mardi et le mardi il y avait concert au Square, à 19h. Ils étaient arrivés bardés d’instruments et vêtus d’uniformes bleus à passementerie rouge. Ils s’installèrent silencieusement sur les fauteuils restant et tout autour du bassin.
La voix continua l’histoire pour vingt cinq pigeons, trois douzaines de moineaux, un chat, deux enfants, une nounou comptable mais apprenti archéologue, deux petites vieilles, deux joggers aux baskets fluo et quinze musiciens.
Puis, à 18h, elle referma son livre, déposa le chat à ses pieds, sourit à l’assemblée et s’en alla.
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07.04.2009
(5) le deuxième jour,
Le deuxième jour quand la voix arriva, les pigeons étaient déjà là. Ils avaient été rejoints par les moineaux du parc qui, la veille, s’étaient nichés sans se faire voir dans les fourrés.
A côté du fauteuil où elle s’était installée la veille, le chat, immobile, patientait.
Sur le bord du bassin Léon, Pierre et Elise étaient assis silencieux.
La voix arriva et s'assit sur le fauteuil, le chat lui sauta sur les genoux, elle ouvrit son livre et commença à lire.
Immédiatement le silence se déploya comme pour mieux porter l’histoire qui se poursuivait.
Deux petites vieilles approchèrent. Elles venaient tous les jours nourrir les chats, en faisant bien attention de ne pas se faire attraper par le gardien qui avait décrété que c’était formellement interdit. Elles entendirent la voix et, à petits pas, se dirigèrent vers les fauteuils inoccupés. Le chat leva un petit peu la tête en signe de reconnaissance, puis retourna à son ronronnement.
Non loin de là, deux joggers faisaient crisser le gravier du chemin extérieur. Quelque chose les amena soudain à s’arrêter. Ils ne surent pas tout de suite ce que c’était. Mais il flottait une étrange atmosphère. Ils se regardèrent, tous les deux intrigués. « tu as entendu ? » fit le premier au second qui lui répondit « oui, on entend rien ».
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05.04.2009
(4) Elise aimait l’archéologie
Elise aimait l’archéologie. Mais on n’est pas archéologue quand on est la fille de la boucherie-charcuterie de la rue Legendre. Alors elle étudiait la comptabilité et elle lisait des livres d’archéologie en rêvant à des découvertes de trésors. Pour acheter ses ouvrages elle faisait toutes sortes de petits boulots. Et parmi ces petits métiers elle était la baby sitter de Pierre et par conséquent aussi celle de Léon puisqu’il n’y avait jamais de Pierre sans Léon ni de Léon sans Pierre.
Ce jour là, comme tous les jours elle était assise sur un banc du parc, le nez plongé dans un livre qui racontait la découverte des vestiges du Phare d’Alexandrie. Soudain, elle leva la tête, se souvenant qu’elle avait charge d’âmes. Cela faisait déjà un moment que Léon et Pierre n’étaient pas venus pour lui demander de fixer une voile sur un navire de bois ou pour lui réclamer un nième gâteau au chocolat. Elle les aimait bien ces deux petits bonhommes, turbulents à souhait mais le cœur gros comme ça. Où étaient ils passé ?
Elle serra son livre dans son grand cabas et se dirigea vers la pièce d’eau. Espérons, se dit-elle, qu’ils n’ont pas fini dedans comme la dernière fois. Elle avait dû les trainer au lavomatic pour sécher leurs vêtements et leur éviter une scène à leur retour chez eux. Elle était complice de forbans, mais leur association lui allait bien, ils passaient des heures à jouer et elle, elle était tranquille pour lire ces bouquins. En arrivant au centre du parc elle fut étonnée par le silence, pas de cris et de hurlements d’enfants. S’approchant elle vit Léon et Pierre assis sur le bord du bassin. Ils tenaient dans leur main leurs bateaux. Elle entendit alors ce qui les avait figés, une voix, claire et limpide qui lisait calmement. Elle s’avança et vint s’assoir à côté de Léon, celui-ci leva les yeux vers elle en souriant.
La voix continuait l’histoire, elle avait de longs cheveux bruns, une jupe de coton fleurie et un chat couché en rond sur ses genoux.
Tout autour d’elle des pigeons semblaient eux aussi capturés par la voix.
Léon s’appuya un peu contre elle et ils restèrent là tous les trois sans bouger.
Après quelques minutes, la voix ferma son livre, le glissa dans un sac de tissu, pris le chat, le posa par terre doucement et se leva. Elle regarda autour d’elle en souriant, puis, sans mot dire, elle traversa la placette entre les pigeons et s’en alla.
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04.04.2009
(3) Léon et Pierre
Le parc pour Léon et Pierre c’était leur jungle amazonienne, leur pampa d’Argentine, leur Ile déserte et leur champ de bataille. Tous les jours ils s’y retrouvaient et ce n’était que courses et que rires. Ils en connaissaient tous les recoins et tous les habitués. Ce jour là ils avaient décidé de partir à l’assaut de la statue au centre de la pièce d’eau. Ils avaient confectionné deux vaillantes goélettes avec du bois vermoulu et, en guise de grand voile, des tracts que des syndicalistes distribuaient à l’entrée du parc. La révolution rouge à l’attaque de la royauté de bronze.
Quand ils arrivèrent au centre du parc en se bousculant pour être le premier à mouiller son navire, ils furent surpris du silence. Enfin, pas tout fait silencieux ce silence. Une voix parlait à haute voix. Ils s’avancèrent tout doucement et tombèrent sur les pigeons toujours là, immobiles. Un seul fauteuil en fer était occupé. Et justement la voix venait de là. Un peu étonnés, un peu intimidés, ils s’assirent au bord du bassin, oubliant de mettre à l’eau leur armada. Sur les genoux de la voix il y avait un chat. Ils reconnurent le vieux greffier qu’ils avaient parfois pourchassé. La voix tenait dans ses mains un livre, qu’elle lisait. Sans y prendre garde, ils se mirent à écouter, subjugués. La bataille pouvait attendre, l’histoire qui était contée les avait attrapés.
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(2) Puis vint un chat,
Puis vint un chat, un vieux chat de parc.
Il était tout pelé, avec une oreille qui gardait les traces d’une lutte pour une belle un soir de printemps.
Il trottinait, revenant d’avoir mangé la pâtée qu’une dame charitable lui glissait chaque jour à travers la grille.
Alors qu’il s’engageait sur la placette centrale pour regagner l’abri des fourrés, il vit l’attroupement des pigeons.
Il n’aimait pas ces volatiles stupides et ne résistait jamais au plaisir de s’élancer parmi eux pour les voir s’envoler lourdement.
Mais, au moment où il allait se jeter dans la foule emplumée, il entendit la voix et la vit sur le fauteuil.
Il s’arrêta net. La sonorité l’emporta aux temps où il était encore un chat de famille.
Il s’approcha doucement la regardant du coin de l'oeil. Elle ne s’interrompit pas.
Lui qui depuis longtemps déjà fuyait le genre humain, continua sa progression jusqu’à frôler sa jupe
Elle ne semblait pas l’avoir remarquer. Il tendit le cou et se frotta délicieusement au tissu, comme elle sentait bon !
Il leva la tête et vit qu’elle continuait à lire. Alors, délicatement, il prit son élan, sauta sur les genoux de la voix et se pelotonna en rond,
On entendit soudain s’élever un doux ronronnement qui soulignait, sans la masquer, la voix claire comme du cristal qui poursuivait l’histoire.
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