29.04.2008
l'ombre du guetteur
Il venait souvent sur ces remparts
Quand la lumière était belle
il armait son appareil et photographiait la ville d’en haut
il aimait la saisir au petit matin ou dans la chaleur de l’après midi quand elle sommeillait
ce jour là son âme était un peu triste sans véritable raison, il n’avait pris qu’une ou deux photos et était redescendu
ce n’est que le soir, en transférant ses photos, qu’il découvrit l’image. Cette ombre... cette ombre avait quelque chose d’étrange... il ne savait dire pourquoi mais il se coucha envahit d’une étrange mélancolie mêlée d’excitation.
Le lendemain matin, il travailla sans pouvoir se concentrer il ne cessait de regarder l’image cette ombre l’obstinait, elle lui parlait.
N’y tenant plus, à l’heure du midi, il se rendit sur les remparts, il se positionna exactement comme le jour précédent et ... elle apparut,
Il était un homme rationnel, cette ombre ne pouvait être que la sienne, que le soleil faisait naître sur la pierre...
Pourtant il ferma les yeux et l’image de l’ombre pris forme en lui, s'imprimant dans sa conscience,
le guetteur, oui... c’était l'ombre du guetteur !
l’ombre portée sur la pierre de tout temps, siècle après siècle
Il avait la certitude, sans se l'expliquer, que d’autres que lui étaient venus ainsi regarder la ville depuis les remparts, ils les sentaient en lui, regard après regard reliés par l’ombre, descendance d’hommes
D’autres guetteurs avant lui s'étaient tenus à cet endroit précis, ils avaient comme lui eut l’assurance de cette chaine d’union verticale plongeant ses racines dans l’histoire
l’ombre pour témoin...
il voyait par leurs yeux la ville se transformant s’étendant dans la vallée, les avenues s’élargissant, les sonorités montantes des paix et des guerres, les temps de misères et ceux des oublis,
les images se succédaient dans sa mémoire accumulée de guetteur, il en conçut un étrange apaisement, il regarda la ville comme jamais il ne l’avait vu, il se sentit plus Homme qu'il ne l'avait jamais été,
puis redescendit il garda pour lui sa découverte, comment auraient ils compris ?
peu de temps après il quitta la ville, il remonta une dernière fois au château, il pris comme chaque fois le chemin de ronde et il le vit,
un jeune homme, l’appareil photo à la main,
un autre guetteur était venu, il pouvait s'en aller
merci Pascal, pour cette image et son pouvoir à faire rêver
19:29 Publié dans Des histoires... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.04.2008
histoire à flots
L’été n’est pas approprié, il vous serait agréable, mais vous auriez du mal à être seul pour réaliser l’opération. L’automne est par trop triste et puis c’est saison de pluies et de gris, il vous faut de la lumière, pour la suivre longtemps des yeux. L’hiver est intéressant, les lieux seront déserts, les tempêtes propices, mais les jours sont courts et le froid risque de faire trembler vos mains alors qu’elles doivent être fortes et habiles. Alors retenons le printemps, vous y aurez la lumière et, si vous ne tardez pas trop dans la saison, les lieux seront calmes encore,
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Le second choix sera celui du jour, cela ne doit pas être un jour banal, vous risquez de vous en souvenir longtemps,
Un lundi ne conviendrait pas. Commence-t-on à changer de vie un lundi ? Mercredi, c’est le jour des enfants et il vous faut être seul. Un mardi ou un jeudi, ça n’a pas de sens, faux milieu, ni début ni fin de semaine. Dimanche est jour de promenade, il risque d’y avoir foule. Le samedi est un peu vulgaire,. Un vendredi serait bien, un jour d’avant vacances, d’avant liberté. Oui, disons, un vendredi…
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Puis vous aurez à choisir le lieu, avec soin. Il doit être désert, c’est impératif.
Il sera conforme à vos espérances; ont-elles des marges ? Alors vous choisirez la mer. Sont-elles sans bornes ? Alors seul l’océan vous satisfera…
La forme du rivage comptera également, il ne faut pas qu’il soit trop plat. Le mieux serait encore de vous procurer une carte marine, pour étudier les courants. Vous chercherez là où ils s’approchent le plus des côtes. Il faudra aussi éviter la trop grande proximité des ports. Il serait mieux que les flots soient déserts.
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Le jour réservé, l’heure aura aussi son importance; Il vous faudra vous munir d'un calendrier des marées, elles changent chaque jour. Vous élirez le juste moment de la pleine-eau, entre flux et reflux, le moment où l’onde semble immobile, où ,le va-et-vient interrompu, le courant latéral exprime sa pleine puissance,
Attention le moment est rare ! Si vous le manquez il vous faudra attendre une semaine de plus et, si la saison du printemps est trop avancée, vous risquez de perdre une année avant que l'instant ne se reproduise.
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Vous vous rendrez alors dans une papeterie, vous la choisirez spécialisée en beaux papiers. Vous chercherez une matière brochée, il faudra qu’elle soit suffisamment souple, tout en étant résistante. Vous éviterez les couleurs, ou alors seulement une légère touche ivoire. Vous demanderez plusieurs feuilles, non que vous puissiez multiplier l'exercice, un seul vous sera autorisé, mais il y a fort à parier qu’il vous faudra quelques brouillons avant d’être satisfait,
Dans la même boutique, vous choisirez votre plume. Vous n’avez là, pas le droit à l’erreur, elle sera la part la plus décelable de vous-même, il vous faudra en essayer plusieurs, vous devrez être aimable avec le vendeur. L’encre ne pourra qu’être noire, ou d’un gris soutenu.
J’allais oublier, vous devrez également acquérir un ruban ! Le mieux serait qu’il soit rouge et en soie naturelle. De tranche large pour ne pas abimer le papier
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De plume, de ruban et de feuilles munis, vous choisirez un lieu pour écrire. Prétez y attention, il restera gravé dans votre mémoire.
Un banc public pourrait faire l’affaire, ou une chaise dans un parc. Mais vous avez choisi le printemps, souvenez-vous, il ne faudrait pas que vos feuilles se transforment en buvard pour giboulées.
Un café serait approprié, vous le choisirez peu passant, il vous faudra du calme. Le décor vous inspirera, il serait bien que les murs en soient anciens, ils auront la mémoire d’autres que vous. Vous commanderez du thé, le thé sied à l’écriture.
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Alors vous commencerez à penser.
Le texte doit être court et précis. Il doit aussi donner à rêver. Vous ne commencerez à écrire que lorsque votre esprit aura formulé en vous les mots. Vous ferez quelques modèles. Heureusement vous avez plusieurs feuilles. Vous devrez absolument soigner votre écriture !
Puis vous roulerez le papier sur lui-même et l’entourerez du ruban.
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Restera alors une mission délicate. Il vous faudra chercher l’embarcation. Ses flancs devront être translucides. Elle devra être parfaitement hermétique, toute fortune de mer vous est interdite. Elle pourra être ouvragée, mais une plus modeste fera aussi bien l'affaire. Si ella a connu d'autres usages, vous la nettoierez avec soin.
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Et puis le jour dit, à l’heure convenue, sous le soleil encore un peu froid du printemps, sur le rivage choisi de mer ou d’océan, là où le courant s’approche le plus de la côte, au moment où la marée est immobile… vous glisserez le rouleau enrubané dans la bouteille, vous la refermerez avec soin, vous vous approcherez de l’eau, puis vous reculerez de quinze pas, vous prendrez alors votre élan et, de toutes vos forces, vous jetterez la bouteille à la mer… Vous la regarderez alors voguer jusqu’à ce qu’elle soit emportée par le courant.
Puis vous rentrerez chez vous et patienterez calmement. Vous vous rendrez chaque vendredi, à la même heure sur le rivage et attendrez que le flot immobile reparte de l’avant. Vous resterez jusqu’au reflux.
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Vous reviendrez saison après saison, jusqu’à ce que celle que vous attendez, trouve la bouteille, l’ouvre, extraie le rouleau, fasse glisser le ruban, déroule le papier broché fin mais résistant, découvre la plume et l’encre, lise vos mots, et… s’émerveille… Puis qu’elle se rende dans une boutique, achète du papier et une plume, écrive d’une belle écriture douce et penchée… qu’elle est émue…. Et roule la feuille, l’enserre du ruban rouge, la glisse dans la bouteille, qu’elle calfeutrera avec soin, retourne sur le rivage un vendredi, choisisse le moment où la marée est suspendue, s’approche de la mer, recule de quinze pas, et lance l’embarcation dans le courant de toutes ses forces
Et un vendredi, à l’heure montante de la marée, vous verrez les vagues ramener vers vous cette drôle de bouteille translucide que vous aviez mis tant de temps à trouver.
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Vous l’ouvrirez fébrilement, noterez immédiatement que le papier n'est pas de même facture que le votre, alors, de vos mains tremblantes, vous ôterez le ruban, déroulerez la feuille… et lirez les mots de votre déjà bien aimée…
12:04 Publié dans Des histoires... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bouteille à la mer, amour, lettre
20.04.2008
Landes
Ma mémoire s'effiloche à se souvenir
Les gens et les choses étaient tourmentés
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Je partais souvent vers la mer
Il suffisait de traverser les bois,
Je suivais les chemins guidée par le souffle des vagues au loin
Ils débouchaient sur une dune plateau, où les vents avaient chassé les arbres
L’océan apparaissait dans son horizon,
Les ciels étaient chargés de gris et de blanc
Les chemins se faisaient sentes entre les chardons
Il fallait encore marcher un peu pour apercevoir le rivage
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Je m’asseyais alors en haut de la dune,
La plage était immense et vide en ces temps d’hiver et d’automne
L’océan m’appartenait
Je restais là des heures,
A peine abritée par le renflement de la dune
Derrière moi les pins
Et plus loin encore la vie et ses tourments
J’écoutais le vent
Les vagues hypnotiques fluant et refluant,
Le sable était jonché de bois blancs d’avoir flottés,
Je rêvais de fortunes de mer
Je me confondais avec la dune
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Quand le froid me prenait je descendais vers l’eau
Faisant naître des avalanches de sable
Je courrais à en perdre haleine
Et m’effondrais à la limite ou le sec devient humide
Les vagues de près semblaient plus fortes encore
Je m’allongais sur le lit du rivage
Et je plongeais mes yeux dans le gris et le bleu au dessus
Imaginant l'océan m’emportant
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Il fallait que la nuit tombe pour me rappeler
Je chassais les grains de sable de mes vêtements
Je remontais la dune
J’embrassais d’un dernier souffle l’immensité
Puis je reprenais sentes et chemins
Les pins s’assombrissaient
Je calais les images dans un coin de mon âme
Provisions pour plus tard
Mon chien approchait sa tête de ma main
Sa liberté aussi finissait,
20:42 Publié dans Des histoires... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poême, amour, sensuel, colère, doux, tendre, mémoire
16.03.2008
souvenirs d'Orient
je te suis de loin dans tes étonnements, tes pertes de repères, tes déceptions du réel
miroir dans mon quotidien gris .. pensées de là-bas, qui me ramènent à mon propre désorientement
il me souvient combien je me sentais étrangère à ce pays, combien je m’effaçais comptant parfois à rebours les jours de ces apnées, j’aurais parfois voulu ne pas être, je ressentais mon occidentalité quand l’orient me désorientait
mille souvenirs me reviennent, et je cherche parmi eux ceux qui étaient doux et lumineux
je ne trouve que des goûts : l’odeur du thé à la menthe et la douceur presque écœurante des gâteaux, les tables autour desquelles la famille se réunissait, la volupté de la nourriture portée à la bouche, la pulpe des doigts touchant par avance les saveurs
des impatiences me reviennent, ces temps en suspend où nous ne savions quand et où
cette absence presque totale de l’esprit, ces discussions vides où pendant des jours je n’étais que la mère, l’épouse, cette presque injure faite à mon intelligence quand on ne la sollicitait pas
ces choquements de l’âme entre la misère crasse et l’opulence des maisons où nous étions parfois reçus, ces fillettes bonnes à tout faire, dormant sur une paillasse dans l’arrière cuisine,
ce souvenir de ces médecins brutaux et sans compassion devant la blessure de mon enfant, mordue par un chien, cette eau bue alors que je voyais non loin les immondices qui sans doute la souillait, cette ville toute blanche qui m’avait paru si propre,
cette attention toujours attirée sur moi par ma blondeur et ma pâleur, cette incapacité à se confondre,
je ne trouvais ce pays que d’autres me décrivaient que bien rarement, les paysages me semblaient salis, les palais ne me laissaient pas oublier la misère
là-bas je portais la responsabilité de l’occident, on me disait et me répétais combien l’orient lui était préférable, on dénonçait devant moi l’individualisme de mon monde, mais on ne parvenait pas à me masquer la brutalité, les discussions tournaient à mon désavantage tant on cherchait à se convaincre en me parlantj’avais opté pour le mutisme et le sourire, je dévorais des livres, m’échappant
je me fustigeais au début de mes réactions d’occidentale m’accusant d’ostracisme, mais mon corps et mon esprit rejetait ce monde
je découvrais l’homme dont je partageais la vie comme un autre, ses contradictions plus encore éclairées
combien de fois les larmes me sont venues derrière les yeux, d’impatience, on était gentil et accueillant avec moi, et pourtant je comptais à rebours les joursil me souvient plus brutal encore de ces migrations bétail, traversant une Espagne hostile et méprisante, pris dans le flot des familles
ces attentes interminables sur le port, sans points d’eau
ces cris, quand ils se battaient pour sortir du ventre du ferry
ce mépris des douaniers pour ceux qui ne payaient pas
ces voitures qui parfois rompaient la file comme par miracle et passaient devant tout le monde, l’air satisfait du conducteur et l’odeur des billets,
ce monde me semblait brutal, la douceur réservée à la famille, l’absence de civisme
pensées jamais formulées pour ne pas blesser, injustes nécessairement,
je conserve pour moi les lumières parfois perçues, de toutes petites choses, l’odeur du thé encore, la blancheur presque extraordinaire de cette ville le gout des figues de barbarie, cette plage inhabitée où je m’étais éloignée un temps
merci mon frère, de m’avoir donné l’occasion de ces mots, qui m’aident à remettre les choses où elles doivent être,
11:00 Publié dans Des histoires... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note





