14.08.2008

le beurre

Le beurre, du beurre de printemps, une plaque d’une demi-livre bien jaune, avec des grains de sel de Guérande qui croquent

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L’argent du beurre, en espèces sonnantes et trébuchantes, le flouze, l’artiche, les pépètes, le pognon, le fric de la motte

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Le sourire de la crémière, accorte la crémière, au teint frais et rose, la blouse blanche à fleurs dont débordent deux seins de lait, un sourire franc de toutes ses dents qu’elle a blanches comme sa crème

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Et pour faire bonne mesure la crèmerie, la boutique entière, avec ses rayonnages sous verre, son carillon quand la porte s’ouvre, son odeur de petit lait et tous ses clients ; la petite dame pressée parce que ses invités l'attendent, vous comprenez c'est dimanche, le vieux monsieur qui veut son chèvre fait à coeur pour manger tout seul devant sa télé, le branché bobo qui trouve ça cool d'acheter son claquos à la crémos du coin,

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Et puis si ça ne suffit pas je demande aussi les vaches, les Abondances au nom évocateur de seaux débordants et fumants, les Normandes cartes postales ; noir et blanc sur vert, les Pie rouge des plaines ; les vaches à pie des peaux rouges, les Prim’holstein qui me font penser à des vaches OGM, les Montbéliardes que j'imagine poilues et moustachues, les Tarentaises qui doivent certainement danser jusqu'à faire tourner le lait en beurre...

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Comme ça si je n’y arrive pas je saurais pourquoi, ce sera à cause des vaches, ça fait des bouses les vaches et sur les trottoirs les gens glisseraient dedans en allant au travail et se casseraient les jambes et le cou et ils ne seraient pas contents du tout...

 

28.07.2008

un petit bout de fesse

Alors que, fatiguée par une sucession de longueurs dans une piscine bien loin d'être olympique, allongée sur ma serviette, je laisse le soleil croire qu'il va me brûler, une image me revient.

C'était au Portugal, en août 1987 je crois. Nous revenions du village par la dune C’était un étonnant paysage, une dune plate se finissant par un à-pic donnant sur la plage et l'atlantique.

Nos bras étaient chargés de victuailles ; des sardines fraiches et argentées, du pain et du vino verde, ce vin issu des vignes qui poussent en treilles surplombant les rues des villages du nord. Ce raisin ne voit le soleil qu'à travers le tamis des feuilles qui offrent une ombre bienvenue pendant l'été.

Ce serait bombance ce soir à l’auberge de jeunesse qui réunissait des jeunes de toute l’Europe, ayant choisi cette région plutôt que l’Algarve et ses plages chargées de touristes. On ferait griller les sardines sur la plage et on les arroserait de ce vin trop jeune qui rendait léger et joyeux et ne se laissait pas oublier le lendemain quand chacun se retrouvait devant son bol de café et ses deux cachets d’aspirine.

Nos semelles s’enfonçaient dans le sable, le soleil était encore bien là et nous marchions en nous taisant. Demain nous pousserions plus au Nord avec les techniciens de l’ONF portugais que nous avions rencontrés la veille et qui avaient le grand avantage d’avoir une voiture. Au Nord c'était le parc naturel, qui chaque été brûlait un peu plus, nos deux compagnons de voyage nous guideraient pour trouver les espaces encore épargnés. 

L’auberge de jeunesse se dessinait au loin quand mon regard fut attiré par une forme noire dans le sable, à lisière du bois. Nous approchant, je vis qu’il s’agissait d’une personne, homme ou femme je ne la distinguais pas encore. Elle était allongée et vêtue de sombre. L’image était incongrue dans le soleil et la chaleur de la fin d’après midi. Peut-être un ivrogne ayant terminé la sa dernière bouteille.

Quelques pas plus loin j’eus l'explication de cette étrange vision. Le vin n'était pas en cause, c’était une femme âgée. Allongée sur le côté, elle était toute de noire vêtue ; chaussures et bas, jupe de drap, blouse épaisse et fichu. Elle semblait dormir. Seules deux taches de blanc tranchaient sur la silhouette sombre, un mouchoir posé sur son visage et… une fesse. Enfin, un petit bout de fesse qu’elle avait dégagée de ses vêtements et exposait au soleil.

Je ne sus jamais quelle médecine l’avait convaincue de soumettre ainsi à la guérison du soleil et de l’air marin une blessure ou une irritation que je ne distinguais pas sur sa peau blanche.

J’eus juste le temps d’arrêter d’un geste la velléité d’un de mes compagnons qui avait sorti son appareil photo. Cette femme bravait sa pudeur et nous n’avions pas le droit de lui voler son image.

De la soirée sur la plage à boire le vin vert ramené du village et à manger les sardines grillées je n’ai plus de souvenir, mais ce petit bout de fesse est resté gravé dans ma mémoire bien mieux que ne l’aurait fait toutes les photographies.

27.07.2008

Etoffes

La chaleur du mohair quand on se recroqueville sur le sofa avec une tasse de thé brûlante, la souplesse animale du cuir dont l’usure à fait perdre la patine, les draps de coton rugueux et frais pour une sieste d’été, la sécheresse un peu irritante du lin , l’artifice du nylon, la vanité du brocart, l’outrance du lamé, la géométrie obsédante du patchwork, le crêpe noire des veuves, le précieux cachemire, le réconfort de l’éponge, la familiarité du jean, le sourire du madras, le lourd chatoiement des velours, l’épaisseur de la laine, la transparence de l’organdi, le nacre des boutons, la sensualité du satin, la rondeur vivante de la soie, la douceur du fil de sa chemise blanche, le crissement des bas, le doux relief de la dentelle, la peau.

20.07.2008

L'hotesse

J’étais arrivée un peu en avance, j’avais le temps de boire un café. Le débat me mobiliserait jusque tard dans la soirée et je me sentais un peu lasse. J'aimais ce temps de calme précédent le moment où j'entrais en scène, mobilisant mon énergie de passeur.

C’était une petite ville à l’unique rue commerçante. On était encore en île-de-France, mais, à ces confins, c'était ici déjà presque la province. J’avais descendu la rue, cherchant un bar ou une brasserie. Il n’était que dix-neuf heures mais les rares magasins étaient déjà fermés. Après quelques minutes je trouvais un café. Une terrasse minuscule et deux tables, je m’y installais dans la douceur un peu fraîche de la fin d’après-midi.

J’avais entr'aperçu, avant de m'asseoir, l’intérieur du café. Un peu sombre, il accueillait un comptoir en bois et quelques tables. Sa décoration était surprenante, aucun objet publicitaire aux couleurs criardes, mais des bibelots de porcelaine qui voisinaient avec des photos encadrées et des aquarelles. Un homme était accoudé au bar, il conversait avec une femme dont je ne vis d’abord que la silhouette.

J’allumais une cigarette, goûtant ce moment de paix et de solitude en un lieu inconnu.

La femme apparue ou plutôt l’hôtesse. Elle était vêtue d’une tunique blanc-ivoire rehaussée de broderies dorées qu’elle portait sur un pantalon fluide de même couleur et des escarpins aux talons hauts et fins. Elle devait avoir entre cinquante et soixante ans. Ses cheveux blonds étaient parfaitement coiffés d’un chignon qui laissait échapper quelques mèches. Autour de son cou un ensemble de chaînes d’or et sur sa poitrine une broche de plumes. Ses pendants d’oreille étaient du même métal, tout comme les bagues qui recouvraient ses doigts. Ses yeux étaient soigneusement maquillés. Son visage était encore beau mais on y voyait les marques du relâchement impitoyable du temps.

Dans cette petite ville au milieu du nulle part, elle semblait être une apparition venue d’ailleurs. Elle s’adressa à moi d’une voix douce et avec un sourire qui, illuminant son visage, me fit entrevoir sa beauté passée qui avait dû enchanter les hommes qui l’avaient croisée.

Je commandais un café et la vis retourner derrière son comptoir. L’homme s’était assis sur un tabouret. J’entrepris de le regarder mieux. Il devait avoir une trentaine d’années, bel homme, vêtu d’un pantalon sombre et d’une chemise blanche, il suivait de la tête l’hôtesse qui préparait mon café. Je me plus à imaginer que son regard, que je ne distinguais pas, voyait en cette femme la beauté que j’avais perçue lorsqu’elle m’avait souri.

Après quelques minutes, elle me ramena mon café. Comme je m’y étais attendue, elle me le servit dans une tasse de porcelaine. Je la remerciais, mais le regard qu’elle me rendit me surpris. Il semblait ailleurs. Cette femme n’était pas avec moi, pas dans cette ville. Peut-être était-elle quelque part dans sa mémoire avec cet homme accoudé au comptoir et que bien trop d’années séparaient d’elle.

Elle s’attarda quelques minutes à la porte de son établissement, regardant la rue, absente. Je tentais, la voyant, d'imaginer quelle avait pu être sa vie passée. Une remarque de l’homme dont je ne compris pas la teneur la fit se retourner et rentrer. Je surpris alors, avant qu’elle ne disparaisse, son sourire revenu, illuminant ses traits. Et je vous jure que c'est une femme de trente ans que je vis s’enfonçer dans la pénombre du bar.

Je terminais mon café sans plus regarder à l’intérieur, ces instants de vie n’étaient pas miens. Je payais ma consommation et quittais la terrasse, sans attendre ma monnaie. Un au-revoir à deux voix venant de l’intérieur salua mon départ, je leur souris sans mot dire et emportais avec moi l'image triste et belle de ce temps suspendu.

16.07.2008

canopée

Une forêt de cheminées en briques émergeant du zing des toits

un autre monde au-dessus

celui des chats de gouttières

et des vigies.

La ville communiant avec le ciel, émouvante, charnelle.

Ici et là quelques toits-terrasse

pour des guetteurs et des poètes.

La lune qui apparaît s'accrochant aux hérissements

alors qu'au loin, le soleil plonge dans l'enchevètrement.

Le presque silence, assourdi d'un bruit de gave montant d'un en-dessous lointain.

D'ici l'en-bas est souterrain,

on pourrait ne pas vouloir redescendre.

31.05.2008

la chausseuse

Je n’avais jamais vraiment remarqué cette boutique. Dans ce quartier encore populaire, on trouve toutes sortes de boutiques, de la corsetterie au fromager. Mais ce midi là j’eus l’œil attiré par une pancarte, rédigée à la main « grand arrivage de chaussures femmes de grandes taille »…

Je suis affublée depuis longtemps et sans espoir que cela ne guérisse, de grands pieds. Je fuis les magasins de chaussures traditionnels où les vendeuses me regardent en haussant les sourcils lorsque j’annonce ma taille. Pour elles mon cas semble relever de l’orthopédie. Et pourtant, je ne dépasse que d’une ou deux tailles les pointures classiques, mais à ce titre j’appartiens à un autre monde, celui des boutiques dans lesquelles, on vous multiplie par deux ou trois le prix des chaussures.

Futiles préoccupations me direz vous, je vous l’accorde, mais c’est ainsi mes pieds me préoccupent à chaque changement de saison.

Revenons à la boutique. Je décidais d’y entrer pour voir si la pancarte annonçant le miracle disait vrai.

Je pénétrais dans un espace d’environ une vingtaine de m2 (bien que le mot « espace » soit bien mal adapté à un lieu dans lequel l’espace justement était ce qui manquait le plus). Les murs étaient couverts du sol au plafond d’un empilement de boites de chaussures. Au milieu, deux autres rangées de boites brinquebalantes, sur lesquels étaient juchées des paires de chaussures de toutes sortes.

pour poursuivre l'histoire :

la chausseuse.doc

29.04.2008

l'ombre du guetteur

Il venait souvent sur ces remparts

Quand la lumière était belle

il armait son appareil et photographiait la ville d’en haut

il aimait la saisir au petit matin ou dans la chaleur de l’après midi quand elle sommeillait

ce jour là son âme était un peu triste sans véritable raison, il n’avait pris qu’une ou deux photos et était redescendu

1279495820.jpgce n’est que le soir, en transférant ses photos, qu’il découvrit l’image. Cette ombre... cette ombre avait quelque chose d’étrange... il ne savait dire pourquoi mais il se coucha envahit d’une étrange mélancolie mêlée d’excitation.

Le lendemain matin, il travailla sans pouvoir se concentrer il ne cessait de regarder l’image cette ombre l’obstinait, elle lui parlait.

N’y tenant plus, à l’heure du midi, il se rendit sur les remparts, il se positionna exactement comme le jour précédent et ... elle apparut,

Il était un homme rationnel, cette ombre ne pouvait être que la sienne, que le soleil faisait naître sur la pierre...

Pourtant il ferma les yeux et l’image de l’ombre pris forme en lui, s'imprimant dans sa conscience,

le guetteur, oui... c’était l'ombre du guetteur !

l’ombre portée sur la pierre de tout temps, siècle après siècle

Il avait la certitude, sans se l'expliquer, que d’autres que lui étaient venus ainsi regarder la ville depuis les remparts, ils les sentaient en lui, regard après regard reliés par l’ombre, descendance d’hommes

D’autres guetteurs avant lui s'étaient tenus à cet endroit précis, ils avaient comme lui eut l’assurance de cette chaine d’union verticale plongeant ses racines dans l’histoire

l’ombre pour témoin...

il voyait par leurs yeux la ville se transformant s’étendant dans la vallée, les avenues s’élargissant, les sonorités montantes des paix et des guerres, les temps de misères et ceux des oublis,

les images se succédaient dans sa mémoire accumulée de guetteur, il en conçut un étrange apaisement, il regarda la ville comme jamais il ne l’avait vu, il se sentit plus Homme qu'il ne l'avait jamais été,

puis redescendit il garda pour lui sa découverte, comment auraient ils compris ?

peu de temps après il quitta la ville, il remonta une dernière fois au château, il pris comme chaque fois le chemin de ronde et il le vit,

un jeune homme, l’appareil photo à la main,

un autre guetteur était venu, il pouvait s'en aller

merci Pascal, pour cette image et son pouvoir à faire rêver

24.04.2008

histoire à flots

Le premier choix sera celui de la saison,

L’été n’est pas approprié, il vous serait agréable, mais vous auriez du mal à être seul pour réaliser l’opération. L’automne est par trop triste et puis c’est saison de pluies et de gris, il vous faut de la lumière, pour la suivre longtemps des yeux. L’hiver est intéressant, les lieux seront déserts, les tempêtes propices, mais les jours sont courts et le froid risque de faire trembler vos mains alors qu’elles doivent être fortes et habiles. Alors retenons le printemps, vous y aurez la lumière et, si vous ne tardez pas trop dans la saison, les lieux seront calmes encore,

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Le second choix sera celui du jour, cela ne doit pas être un jour banal, vous risquez de vous en souvenir longtemps,

Un lundi ne conviendrait pas. Commence-t-on à changer de vie un lundi ? Mercredi, c’est le jour des enfants et il vous faut être seul. Un mardi ou un jeudi, ça n’a pas de sens, faux milieu, ni début ni fin de semaine. Dimanche est jour de promenade, il risque d’y avoir foule. Le samedi est un peu vulgaire,. Un vendredi serait bien, un jour d’avant vacances, d’avant liberté. Oui, disons, un vendredi…

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Puis vous aurez à choisir le lieu, avec soin. Il doit être désert, c’est impératif.

Il sera conforme à vos espérances; ont-elles des marges ? Alors vous choisirez la mer. Sont-elles sans bornes ? Alors seul l’océan vous satisfera…

La forme du rivage comptera également, il ne faut pas qu’il soit trop plat. Le mieux serait encore de vous procurer une carte marine, pour étudier les courants. Vous chercherez là où ils s’approchent le plus des côtes. Il faudra aussi éviter la trop grande proximité des ports. Il serait mieux que les flots soient déserts.

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Le jour réservé, l’heure aura aussi son importance; Il vous faudra vous munir d'un calendrier des marées, elles changent chaque jour. Vous élirez le juste moment de la pleine-eau, entre flux et reflux, le moment où l’onde semble immobile, où ,le va-et-vient interrompu, le courant latéral exprime sa pleine puissance,

Attention le moment est rare ! Si vous le manquez il vous faudra attendre une semaine de plus et, si la saison du printemps est trop avancée, vous risquez de perdre une année avant que l'instant ne se reproduise.

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Vous vous rendrez alors dans une papeterie, vous la choisirez spécialisée en beaux papiers. Vous chercherez une matière brochée, il faudra qu’elle soit suffisamment souple, tout en étant résistante. Vous éviterez les couleurs, ou alors seulement une légère touche ivoire. Vous demanderez plusieurs feuilles, non que vous puissiez multiplier l'exercice, un seul vous sera autorisé, mais il y a fort à parier qu’il vous faudra quelques brouillons avant d’être satisfait,

Dans la même boutique, vous choisirez votre plume. Vous n’avez là, pas le droit à l’erreur, elle sera la part la plus décelable de vous-même, il vous faudra en essayer plusieurs, vous devrez être aimable avec le vendeur. L’encre ne pourra qu’être noire, ou d’un gris soutenu.

J’allais oublier, vous devrez également acquérir un ruban ! Le mieux serait qu’il soit rouge et en soie naturelle. De tranche large pour ne pas abimer le papier

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De plume, de ruban et de feuilles munis, vous choisirez un lieu pour écrire. Prétez y attention, il restera gravé dans votre mémoire.

Un banc public pourrait faire l’affaire, ou une chaise dans un parc. Mais vous avez choisi le printemps, souvenez-vous, il ne faudrait pas que vos feuilles se transforment en buvard pour giboulées.

Un café serait approprié, vous le choisirez peu passant, il vous faudra du calme. Le décor vous inspirera, il serait bien que les murs en soient anciens, ils auront la mémoire d’autres que vous. Vous commanderez du thé, le thé sied à l’écriture.

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Alors vous commencerez à penser.

Le texte doit être court et précis. Il doit aussi donner à rêver. Vous ne commencerez à écrire que lorsque votre esprit aura formulé en vous les mots. Vous ferez quelques modèles. Heureusement vous avez plusieurs feuilles. Vous devrez absolument soigner votre écriture !

Puis vous roulerez le papier sur lui-même et l’entourerez du ruban.

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Restera alors une mission délicate. Il vous faudra chercher l’embarcation. Ses flancs devront être translucides. Elle devra être parfaitement hermétique, toute fortune de mer vous est interdite. Elle pourra être ouvragée, mais une plus modeste fera aussi bien l'affaire. Si ella a connu d'autres usages, vous la nettoierez avec soin.

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Et puis le jour dit, à l’heure convenue, sous le soleil encore un peu froid du printemps, sur le rivage choisi de mer ou d’océan, là où le courant s’approche le plus de la côte, au moment où la marée est immobile… vous glisserez le rouleau enrubané dans la bouteille, vous la refermerez avec soin, vous vous approcherez de l’eau, puis vous reculerez de quinze pas, vous prendrez alors votre élan et, de toutes vos forces, vous jetterez la bouteille à la mer… Vous la regarderez alors voguer jusqu’à ce qu’elle soit emportée par le courant.

Puis vous rentrerez chez vous et patienterez calmement. Vous vous rendrez chaque vendredi, à la même heure sur le rivage et attendrez que le flot immobile reparte de l’avant. Vous resterez jusqu’au reflux.

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Vous reviendrez saison après saison, jusqu’à ce que celle que vous attendez, trouve la bouteille, l’ouvre, extraie le rouleau, fasse glisser le ruban, déroule le papier broché fin mais résistant, découvre la plume et l’encre, lise vos mots, et… s’émerveille Puis qu’elle se rende dans une boutique, achète du papier et une plume, écrive d’une belle écriture douce et penchée… qu’elle est émue…. Et roule la feuille, l’enserre du ruban rouge, la glisse dans la bouteille, qu’elle calfeutrera avec soin, retourne sur le rivage un vendredi, choisisse le moment où la marée est suspendue, s’approche de la mer, recule de quinze pas, et lance l’embarcation dans le courant de toutes ses forces

Et un vendredi, à l’heure montante de la marée, vous verrez les vagues ramener vers vous cette drôle de bouteille translucide que vous aviez mis tant de temps à trouver.

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Vous l’ouvrirez fébrilement, noterez immédiatement que le papier n'est pas de même facture que le votre, alors, de vos mains tremblantes, vous ôterez le ruban, déroulerez la feuille… et lirez les mots de votre déjà bien aimée

 

 

 

20.04.2008

Landes

C’étaient des temps étranges

Ma mémoire s'effiloche à se souvenir

Les gens et les choses étaient tourmentés

.

Je partais souvent vers la mer

Il suffisait de traverser les bois,

Je suivais les chemins, guidée par le souffle des vagues au loin.

Ils débouchaient sur une dune plateau, où les vents avaient chassé les arbres.

L’océan apparaissait dans son horizon,

Les ciels étaient chargés de gris et de blanc.

Les chemins se faisaient sentes entre les chardons.

Il fallait encore marcher un peu pour apercevoir le rivage.

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Je m’asseyais alors en haut de la dune,

La plage était immense et vide en ces temps d’hiver et d’automne

L’océan m’appartenait

Je restais là des heures,

A peine abritée par le renflement de la dune

Derrière moi les pins

Et plus loin encore la vie et ses tourments

J’écoutais le vent

Les vagues hypnotiques fluant et refluant,

Le sable était jonché de bois blancs d’avoir flottés,

Je rêvais de fortunes de mer

Je me confondais avec la dune

Quand le froid me prenait, je descendais vers l’eau

Faisant naître des avalanches de sable

Je courrais à en perdre haleine

Et m’effondrais à la limite où le sec devient humide

Les vagues de près semblaient plus fortes encore

Je m’allongais sur le lit du rivage

Et je plongeais mes yeux dans le gris et le bleu au dessus

Imaginant l'océan m’emportant

. 

Il fallait que la nuit tombe pour me rappeler

Je chassais les grains de sable de mes vêtements

Je remontais la dune

J’embrassais d’un dernier souffle l’immensité

Puis je reprenais sentes et chemins

Les pins s’assombrissaient

Je calais les images dans un coin de mon âme

Provisions pour plus tard

Mon chien approchait sa tête de ma main

Sa liberté aussi finissait,

16.03.2008

souvenirs d'Orient

mon amifrère parti à l'orient

je te suis de loin dans tes étonnements, tes pertes de repères, tes déceptions du réel

miroir dans mon quotidien gris .. pensées de là-bas, qui me ramènent à mon propre désorientement

il me souvient combien je me sentais étrangère à ce pays, combien je m’effaçais comptant parfois à rebours les jours de ces apnées, j’aurais parfois voulu ne pas être, je ressentais mon occidentalité quand l’orient me désorientait

mille souvenirs me reviennent, et je cherche parmi eux ceux qui étaient doux et lumineux

je ne trouve que des goûts : l’odeur du thé à la menthe et la douceur presque écœurante des gâteaux, les tables autour desquelles la famille se réunissait, la volupté de la nourriture portée à la bouche, la pulpe des doigts touchant par avance les saveurs

des impatiences me reviennent, ces temps en suspend où nous ne savions quand et où

cette absence presque totale de l’esprit, ces discussions vides où pendant des jours je n’étais que la mère, l’épouse, cette presque injure faite à mon intelligence quand on ne la sollicitait pas

ces choquements de l’âme entre la misère crasse et l’opulence des maisons où nous étions parfois reçus, ces fillettes bonnes à tout faire, dormant sur une paillasse dans l’arrière cuisine,

ce souvenir de ces médecins brutaux et sans compassion devant la blessure de mon enfant, mordue par un chien, cette eau bue alors que je voyais non loin les immondices qui sans doute la souillait, cette ville toute blanche qui m’avait paru si propre,

cette attention toujours attirée sur moi par ma blondeur et ma pâleur, cette incapacité à se confondre,

je ne trouvais ce pays que d’autres me décrivaient que bien rarement, les paysages me semblaient salis, les palais ne me laissaient pas oublier la misère

là-bas je portais la responsabilité de l’occident, on me disait et me répétais combien l’orient lui était préférable, on dénonçait devant moi l’individualisme de mon monde, mais on ne parvenait pas à me masquer la brutalité, les discussions tournaient à mon désavantage tant on cherchait à se convaincre en me parlant

j’avais opté pour le mutisme et le sourire, je dévorais des livres, m’échappant

je me fustigeais au début de mes réactions d’occidentale m’accusant d’ostracisme, mais mon corps et mon esprit rejetait ce monde

je découvrais l’homme dont je partageais la vie comme un autre, ses contradictions plus encore éclairées

combien de fois les larmes me sont venues derrière les yeux, d’impatience, on était gentil et accueillant avec moi, et pourtant je comptais à rebours les jours

il me souvient plus brutal encore de ces migrations bétail, traversant une Espagne hostile et méprisante, pris dans le flot des familles

ces attentes interminables sur le port, sans points d’eau

ces cris, quand ils se battaient pour sortir du ventre du ferry

ce mépris des douaniers pour ceux qui ne payaient pas

ces voitures qui parfois rompaient la file comme par miracle et passaient devant tout le monde, l’air satisfait du conducteur et l’odeur des billets,

ce monde me semblait brutal, la douceur réservée à la famille, l’absence de civisme

pensées jamais formulées pour ne pas blesser, injustes nécessairement,

je conserve pour moi les lumières parfois perçues, de toutes petites choses, l’odeur du thé encore, la blancheur presque extraordinaire de cette ville le gout des figues de barbarie, cette plage inhabitée où je m’étais éloignée un temps

merci mon frère, de m’avoir donné l’occasion de ces mots, qui m’aident à remettre les choses où elles doivent être,