29.07.2009

Saint Appronien

Saint Appronien, patron des huissiers disait : "Mon dieu, mon dessein est de n'avoir nulle collusion avec la partie adverse de la mienne, je me propose de ne jamais saisir chevaux ou ce qui servirait au gain de la vie des débiteurs..."

Notre petit cheval des montagnes au moins est à l’abri !

Pardon

Pardon madame qui passez au pas lent de vos plus de 80 ans et levez un tout petit peu les yeux au ciel en mémoire d’un temps passé depuis trop longtemps,

Pardon elle et vous qui semblez vous ennuyez autour de cette table de restaurant où vous mangez en silence des plats qu’en d’autres temps vous auriez à peine touché

Pardon toi dont nous avons surpris le regard dans le métro et qui avait l’air si lasse,

 

Pardon à ceux que nous avons croisé, pardon de ces baisers échangés à chaque carrefour, de nos yeux brillants, de ses bras qui me seraient, de ces « je t’aime » murmurés,

 

Sachez simplement que quand on aime on aimerait que tout le monde aime…

25.07.2009

Attente,

Il est trop tôt pour qu'ils soient éloignés de mon ventre

Il faut du temps pour cela

De longues années

 

Des monceaux de papier s'accumulent

Que disent-ils de la chaleur et du froid

Des heures passées à écouter leur souffle

Emerveillée

Des larmes, quand en donnant la vie,

Je me désespérais des peines que je ne pourrais leur éviter

 

Je berce ma peur à ta douceur

 

 

 

Mirroir

Ton absence révèle ta présence

Un mirroir inversé

Ton reflet en moi

Sans cesse

Les maisons

Qui a deux maisons n'a pas de raison

J'ai laissé la maison de béton

Pour mes pyrénées parisiennes

 

Au moment de la quitter

Elle m'a offert de belles mûres noires

Sur le mûrier apprivoisé

Elles régaleront d'autres que nous

Je n'ai pas eu le coeur de le déterrer

 

Le futur locataire est roumain

Il m'a dit "c'est une belle maison"

Et je me suis dite

Pour la première fois

Qu'il avait peut-être raison

 

Des maisons nous vont

D'autres non

24.07.2009

la matière brute de la vie

il faudrait enseigner l'incertitude disait Edgar Morin

incertitude

étonnement

surprise

la matière brute de la vie,

palpable

la mort

l'amour

14.07.2009

Murmure

Me reviens parfois dans le silence, comme un gout qui demeure

La sensation d’irréalité

Cette main qui tient ce verre est-elle mienne ?

 

Je prononce quelques mots à haute voix

Elle me semble toujours un peu étrangère

A cette autre muette

Qui murmure encore

 

Je ne frappe plus le mur

Il me suffit de l’effleurer

De sentir le grain de la toile tendue

Comme une preuve

 

Quand le silence s’efface

Le chuintement s’éteint

Et il m’arrive même d’oublier

De l’oublier

 

Sais-tu que tu adoucis la distance ?

Un jour je suis devenue femme, c'était le début d'un autre été

Un jour je suis devenue femme, je me souviens exactement du moment et du lieu où cela c'est passé. Il était 18h, c’était le début d’un autre été, il faisait chaud. J’étais assise sur un banc en bois et en pierre, dans Paris. Et j’ai senti la transformation s’opérer, exactement là, à cette seconde. Avant ce n’étaient des prémisses, des préparations, je n’étais pas encore de l’autre côté. Et là joyeuse et presque en colère, j’ai pris conscience de la mutation,

Alors comme ça je serai femme ! Femme ! Et j’aimerai être belle ! Et j’aimerai les hommes comme des hommes ! Et puis, parfois aussi je pleurerai…

Une femme, une meuf, une nana, une qui s’évanouie. Pire encore une femme blonde. Une qui aimera les jupes et les talons. Une qui se sentira flattée du regard des hommes. Une qui aimera leur désir.

Je serai une femme et j’aimerai infiniment l’être. J’aimerai l’homme que j’aimerai un jour comme un homme et j’aimerai qu’il m’aime femme. J’aimerai qu’il me trouve belle, qu’il me regarde et me dise « on s’en va » et que vingt minutes après nous fassions l’amour.

J’aimerai être futile parfois et dépensière, j’aimerai ne pas savoir faire ce que les hommes savent faire. J’aimerai être mère et sentir mon ventre déchiré quand mes enfants seront loin de moi. J’aimerai être femme et je n’abdiquerai ni ma raison, ni ma force, ni mon esprit. J’aimerai poser ma joue sur son épaule. J’aimerai quand il me dira « tu es courageuse », comme on le dirait à quelqu’un pour qui se serait un effort de l’être.

Oh oui je serai femme ! J’aimerai qu’il cherche mon désir de sa main et que ses yeux brillent de me sentir humide. J’aimerai quand son envie sera impétueuse. J’aimerai son regard fier et doux quand le plaisir m’emmènera si loin que je croirai me perdre.

J’aimerai le regard des hommes dans la rue quand je marcherai, je le sentirai et parfois je croiserai leurs yeux et ils sauront que j’ai compris ce qu'il y a derrière.

J’aimerai savoir que tu es différent de moi parce que tu es un homme. Et plus je serai femme et plus j’aurai de plaisir à t’accueillir comme homme. J’aimerai ton désir palpable, tes pupilles qui progressivement s’élargiront à mesure que tu sentiras ton sexe se dresser. J’aimerai ton regard qui rajeunira. J’aimerai tes bras qui s’ouvriront et m’enserreront quand les larmes me viendront. J’aimerai t’entendre dire « je suis là ».

Tout cela je l’ai su à cet instant sur ce banc de bois et de pierre, dans cette cour, dans Paris. En une seconde, révélé ce qui serait désormais.

Défilé

 

C’est le 14 juillet,

Les troupes alignées au millimètre défilent à la Concorde

Je range dans mes bibliothèques

 

mes bataillons de livres

en ordre dispersé.

Déménagement

Les vêtements nous racontent, ils se sédimentent et les déménagements nous font archéologues.

Pour qui avais-je acheté cette robe du soir bleu nuit, bien trop longue, bien trop belle ? Il s’en est allé, je ne l’ai jamais portée. Et cette blouse de coton sable qui voisine quelque soierie de nuit, était-ce la même qui portait l’une et l’autre ? Couleurs et tailles se succèdent comme les cercles sur le tronc de l’arbre coupé.

Voilà le vieux tablier rapiécé, en mauvais nylon mais protégé dans un papier de soie. Tu rirais de savoir que je l’ai gardé, toi qui en faisait collection. Et ce pull en laine toute douce, j’avais mis des mois à le tricoter, il était trop petit pour mon petit géant, il servira aux poupées.

Je n’ai pas trié, les étoffes ont retrouvé le fond des armoires, d’autres histoires les rejoindront, jusqu’à ce qu’une nouvelle transhumance les ramènent à la lumière.

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