05.04.2009

(4) Elise aimait l’archéologie

Elise aimait l’archéologie. Mais on n’est pas archéologue quand on est la fille de la boucherie-charcuterie de la rue Legendre. Alors elle étudiait la comptabilité et elle lisait des livres d’archéologie en rêvant à des découvertes de trésors. Pour acheter ses ouvrages elle faisait toutes sortes de petits boulots. Et parmi ces petits métiers elle était la baby sitter de Pierre et par conséquent aussi celle de Léon puisqu’il n’y avait jamais de Pierre sans Léon ni de Léon sans Pierre.

Ce jour là, comme tous les jours elle était assise sur un banc du parc, le nez plongé dans un livre qui racontait la découverte des vestiges du Phare d’Alexandrie. Soudain, elle leva la tête, se souvenant qu’elle avait charge d’âmes. Cela faisait déjà un moment que Léon et Pierre n’étaient pas venus pour lui demander de fixer une voile sur un navire de bois ou pour lui réclamer un nième gâteau au chocolat. Elle les aimait bien ces deux petits bonhommes, turbulents à souhait mais le cœur gros comme ça. Où étaient ils passé ?

Elle serra son livre dans son grand cabas et se dirigea vers la pièce d’eau. Espérons, se dit-elle, qu’ils n’ont pas fini dedans comme la dernière fois. Elle avait dû les trainer au lavomatic pour sécher leurs vêtements et leur éviter une scène à leur retour chez eux. Elle était complice de forbans, mais leur association lui allait bien, ils passaient des heures à jouer et elle, elle était tranquille pour lire ces bouquins. En arrivant au centre du parc elle fut étonnée par le silence, pas de cris et de hurlements d’enfants. S’approchant elle vit Léon et Pierre assis sur le bord du bassin. Ils tenaient dans leur main leurs bateaux. Elle entendit alors ce qui les avait figés, une voix, claire et limpide qui lisait calmement. Elle s’avança et vint s’assoir à côté de Léon, celui-ci leva les yeux vers elle en souriant.

La voix continuait l’histoire, elle avait de longs cheveux bruns, une jupe de coton fleurie et un chat couché en rond sur ses genoux.

Tout autour d’elle des pigeons semblaient eux aussi capturés par la voix.

Léon s’appuya un peu contre elle et ils restèrent là tous les trois sans bouger.

Après quelques minutes, la voix ferma son livre, le glissa dans un sac de tissu, pris le chat, le posa par terre doucement et se leva. Elle regarda autour d’elle en souriant, puis, sans mot dire, elle traversa la placette entre les pigeons et s’en alla.

 

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Commentaires

très jolie, très sympa, cette petite suite de textes...

Ecrit par : uhsn | 07.04.2009

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Envie de mots lus, de mots fondus au magma de ton imagination. Envie de virée Marie sur rive. Pas déçu, ta tribu s'agrandit ;o) Ce soir le hasard n'est pas sur la touche au premier clic. Il se trouve qu'une rue Legendre je fréquente souvent, marchant dans les pas d'une perspective d'alliance farouche aux cœurs barbelés pas sainte-nitouche. Elle est…ethnologue pas archéologue ! Station Guy Moquet ce qui à lieu de me faire phonétiquement sourire et toi aussi si mon souvenir n'est pas encore scorie.
Et vive Jill Scott !

Ecrit par : Lame mâle | 07.05.2009

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