26.10.2008

L’Honorable avait pris sa cane et emprunté la petite route

 qui serpentait en pente douce entre les prés. Le temps était chaud encore, la nuit mettrait bien une heure avant de tomber. Il allait de son pas lent et sûr, se contentant de respirer l’air du soir.

Au détour d’une courbe, il entendit un léger bruit de l’autre coté de la haie d’aubépine qu’il longeait depuis quelques minutes. Il ralentit son pas puis s’arrêta. Il tendit l’oreille et perçu un gémissement. Quelqu’un, qu’il ne pouvait voir, semblait pleurer à quelques mètres de lui.

Il resta parfaitement silencieux, se sentant indiscret et ayant peur, par le moindre bruit, d’effaroucher celui ou celle qui maintenant sanglotait. « Non, non, jamais, non… » Des mots s’échappaient des gémissements. Des mots comme une plainte obsédante « non, jamais, non, c’est impossible, ce ne sera jamais ».

L’honorable en eut le cœur retourné. Quelle était la cause de tant de chagrin ? « je ne dois, je ne peux, jamais, non, jamais ». Le vieil homme à qui la vie avait offert tant de joies et tant de peines aussi, retenait son souffle. Derrière l’aubépine, la plainte se poursuivait, se transformait en litanie de plus en plus sourde, en berceuse du chagrin « je ne dois, je ne peux, rien ne sera ».

Ce sanglot qui devenait murmure sans se consoler, emplie le cœur de l’Honorable de tristesse, il connaissait cette plainte, elle avait baigné son visage de larmes maintes fois. C’était la voix de l’amour qui ne se peut, qui ne se doit, qui ne sera. Il resta un moment silencieux, puis, le plus doucement qu’il put, il se retourna et marchant sur l’herbe qui bordait l’asphalte, il repartit, le pas plus lourd, vers sa maison.

Le souvenir de ces pleurs le poursuivait, le souvenir aussi de ses propres larmes qui s’étaient taries il y bien longtemps.

Quand il parvint en haut du causse, il se retourna, le soleil venait de franchir la frontière du jour, s’élevait déjà la nuit bleutée. Plus bas, là ou quelques minutes avant il s’était arrêté entendant ce gémissement, il vit soudain une lueur bleutée s’élever au dessus de la haie.

« Feu-Follet ! » murmura-t-il.

Un mouvement involontaire lui fit presque se précipiter vers lui mais il s’arrêta. Ces pleurs Feu-Follet les avaient cachés loin de tous, qui était-il pour les vouloir partager ? Un vieux fou, aux souvenirs muets et qu’émouvait parfois cette petite lueur à ailes, une petite lueur qui n’avait trouvé que le soir pour bercer son chagrin. Il reprit alors son chemin vers sa maison, sachant que son petit visiteur ce soir ne viendrait pas.

18.10.2008

les monstres

Il est des monstres qui vous poursuivent des années durant. Vous pensez les oublier et ils restent là, tapis, surs d’eux. Ils tiennent le terrain, ils ne le lâcheront pas. Ils réapparaissent, régulièrement, en grinçant des dents, « tu croyais t’être débarrassée de moi ? ». Et on s’épuise en vain à les circonscrire, à éviter la contagion.

Et le temps passe et ils se nourrissent du temps, deviennent gras, adipeux, sans perdre de leur mordant. Et plus ils prospèrent et plus ils sont terrifiants. Ils envahissent la raison, « puisqu’il est encore là, c’est qu’il doit être plus puissant encore que je ne le croyais ».

Et le temps passe encore. Et le courage vient, on nettoie tout autour, on se dit qu’on va les inquiéter « regarde comme je suis devenue forte ».

Mais eux ils continuent à rire, ils savent bien qu’on n’ira pas jusqu’à eux. Ils nous connaissent, savent notre lâcheté, il y a si longtemps qu’ils l’habitent. Alors ils se font goguenards, « tu n’oseras pas, je le sais, je l’ai toujours su ».

Mais ils ne savent pas qu’on commence à les regarder en coin. Oh pas dans les yeux encore ! Mais on s’aperçoit qu’en les approchant de côté on parvient à tromper leur vigilance. Alors on se renforce un peu. Bien sur on ne le leur dit pas. On garde ça pour soi. On commence à se dire qu’un jour il faudra, qu’un jour on pourra. On sait très bien ce qu’il faut faire, on l’a toujours su, mais on en a si peur.

Et puis un jour, on a en soi quelque chose qui nous rend plus fort, un espace doux et sûr qui nourrit le courage. « Puisqu’ici je suis aimée, là je suis peut-être aimable ». On cultive cette petite parcelle bleue.

Et eux sont devenus si gras, qu’ils ne voient rien. Et leur silence nous encourage. Ainsi on pourrait les tromper ? On garde ça en soi encore, pour le jour où.

Et puis le jour vient. Une lueur, on l’a reconnue, on sait que c’est maintenant, que peut-être elle ne brillera plus demain. Alors on s’arme de tout ce que l’on trouve, on se souvient de tout le doux, on fait taire la peur en lui demandant quelques heures, juste quelques heures, de se faire muette. On se convainc, "oui maintenant, tout de suite".

Et puis on cherche ses mots, on ouvre la bouche, puis on la referme. Les larmes viennent, la panique déborde sur les lèvres. "Si je dis je meurs"

Mais on sait si fort qu’une autre fois on osera plus. Alors on associe les lettres, celle-là puis celle-là, celle-ci aussi. On formule sa phrase. Elle est prête, il ne reste plus qu’à la dire. Encore une fois on s'arrête, on a tellement ancré en soi le silence. "Si je dis je meurs"

 

Et enfin on la jette, dans un souffle, pas trop fort, on met les mots-nausée. "Voilà le monstre, voilà le monstre qui me ronge, voilà le monstre qui me fait monstrueuse, le voilà, regardez comme il est laid, puant, mauvais. Voilà ce qui me fait plus monstrueuse que tous les monstres réunis "

On a plus de souffle, il va frapper, on sera anéanti, on ne se relèvera plus, il entachera tout ce qu’on a cru beau. On lève un bras pour parer le coup.

Et puis, le coup ne vient pas.

 

« Mais ce monstre n’est pas monstrueux ! Regardez-le, il n’est rien. Regardez comme il se dégonfle. Regardez ce qu’il libère en quittant la place. Juste une immense peur, qui ne reposait sur rien, une peur acquise, inculquée. » Et on est tout étonné. « C’est vrai, ce monstre n’est pas monstrueux ? ». Et on pose la question dix fois. Et dix fois la réponse est la même. "Mais si le monstre n'est pas monstrueux alors je ne suis pas monstrueuse ?"

Et un temps on ne comprend plus, pourquoi toutes ces années de terreur. On vacille, le monstre était un pilier.

On redemande étonné « vous croyez vraiment, vous êtes sur de ne pas vous tromper » et la réponse est identique.

 

Alors on se sent fatiguée, immensément épuisée. Un soupçon de sourire ne vient pas encore flotter sur les lèvres, mais on se prend à imaginer qu’il viendra.

On demande grâce, « je dois dormir, je dois m’habituer, j’ai un peu froid, il y a des courants d’air dans cette place où il se tenait ». On sait qu’on y reviendra, on en est tout étonné....

 

15.10.2008

"tu sais..."

Ca commence toujours par un "tu sais..." et tout ce qui n'est dit y est contenu..

Tu sais l'en-soi qui n'est plus seul, la présence douce et chaude

Tu sais les moments de tristesse que le bonheur ignore

Tu sais l'étonnement des bornes et la révolte un peu

Tu sais l'envahissement, le vertige et le trouble

Tu sais que je sais ce que toi aussi tu tais...

14.10.2008

un petit trou

Mon p'tit loup

a fait le fou,

il s'est fait un trou

dans sa tête de chou

 

un petit coquelicot

dans ses épis de paille

il jouait les héros

revenant de bataille

 

Ils ne l'ont pas recousu

avec un fil d'argent

Ils ont enduit de glu

Mon petit turbulent,

 

repose toi

Il y a bien longtemps que je ne t'ai parlé. Pourtant tu es là, toujours. Je voudrais t'inventer une légende, réécrire l'histoire pour toi, te dire que tout a été bien, te taire les maux, te dire qu'on a bien grandi, qu'on est devenue fortes et belles comme tu étais. Comme tu souffrirais si tu savais.

J'aimerais imaginer que dans ton coton ne te parviennent que les bruits assourdis. Que tu ne saches que ce que tu nous as donné de meilleur, ta présence en nous, tes petits mots qu'on raconte à nos enfants pour que jamais ils ne se perdent. Comme tu aurais souffert si tu avais su....

Repose toi, attends nous, nous viendrons fortes et belles tu sais.

c'était la dernière, elle n'a pas tenu,

 

un présent

Et l’émotion me porte, et vient le doux

Et il m’emporte je ne sais que trop où

Aurais-je su y renoncer quand encore je pouvais ?

Aurais-je dû, même si je n’ai pas pu ?

 

Et la chaleur qui palpite,

Et ton sourire encore

Et le vertige qui m’habite

De plus en plus fort

 

Ta présence

Un présent

09.10.2008

Encore

Etre belle encore

Avant que d’être vieille

Avant que le miroir

Ne soit plus que regrets

 

Etre jeune encore

Avant que de ne plus oser

Se tromper mille fois

Et recommencer

 

Pleurer encore 

Toutes ces larmes

Qui demain s’assècheront

Sans consolation

 

Oh rire encore !

A gorge déployée

Etre futile et capricieuse

Le mener par le bout du nez

 

Aimer encore

Infiniment et sans raison

En souffrir encore

Pour ne pas oublier

 

 

 

dans la rue

Dans la rue de la Fidelité

Il y a un hôtel De Londres et du Brésil

Amours intercontinentales ?

04.10.2008

revenue .. un temps

elle semblait s'être éloignée, repliée,

mais elle se contentait de guetter

le vacillement

la fatigue

pour s'insinuer de nouveau

Déjà cela me semble difficile à faire,

ceci très vite m'apparaît impossible à penser.

Le geste et l'esprit s'alourdissent,

une envie foetale de se rouler en boule.

Elle entre, comprime, elle se sent chez elle

elle ne m'a pas laissée le temps de changer les lieux.

Elle se déploit sur le terrain reconquit

déjà elle me souffle que je n'y parviendrai pas

me conseille de remettre au jour suivant.

La sentir révulse mon estomac

elle s'installe,

je me replie, un temps j'espère.

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