27.09.2008

Froid, un peu

Et d’avoir chaud parfois me fait aussi sentir le froid parfois

Quand les draps ont refroidi

Quand le silence s’est fait

Le souvenir du plein rend le vide perceptible

Mon âme se révolte,

Juste un peu.

 

25.09.2008

le choix

Le choix

Feu follet entra précipitamment dans le petit jardin clôt. L’Honorable qui taillait ses aubépines sursauta.

« Feu Follet ! Quand apprendras-tu à t’annoncer en arrivant ! J’ai failli me couper un doigt ! »

L’Honorable faisait les gros yeux mais ne pouvait s’empêcher de sourire, voilà trois semaines que Feu Follet n’était pas apparu et il lui arrivait souvent de le guetter à la nuit tombée.

Feu Follet ne réagit pas à la remarque et se percha sur une branche de l’aubépine visiblement en proie à une vive agitation. Un petit crépitement se fit entendre

« Attention Feu Follet ! Voilà que tu es en train d’embraser le bois ! »

Feu Follet s’envola brusquement et tournoya un instant avant de s’asseoir sur le bord d’une pierre. Le crépitement cessa. 

« C’est mieux ainsi oui Feu Follet. Tu m’as l’air très agité, que t’arrive-t-il ? »

Feu Follet resta un moment pensif. Enfin, pensif à la manière des Feux Follets. Il secouait sa tête de gauche à droite en soupirant tout en laissant échapper de petites flammèches qui cessaient de s’allumer et de se consumer autour de lui.

"Apaises toi mon ami, respire ce jardin, regarde les fleurs blanches et fragiles de l’aubépine et ce lys impudique et ces roses qui s’épanouissent contre le mur. »

La voix calme de l’Honorable semblait agir sur Feu Follet, qui, chose rare, demeurait toutefois silencieux.

L’Honorable se tut également un moment. Il s’assit sur le banc de bois vermoulu et attendit.

Feu Follet semblait traversé par une bataille intérieure. Il ouvrait la bouche pour parler puis se ravisait et se taisait les lèvres pincées, secouant sa tête comme pour se convaincre lui-même.

Quelques minutes passèrent, troublées seulement par quelques pépiements des oiseaux qui étaient revenus après l’épisode de l’enflammement de l’aubépine qui les avaient fait fuir.

L’Honorable observait son ami qui ne semblait plus se souvenir de sa présence. S’échappaient encore de lui quelques petites flammes qui semblaient ponctuer ses pensées. C’était la fin de la journée à l’heure où les chiens rentrent pour faire des rêves de loups. L’air embaumait du parfum des roses dans l’humidité montante. Mais Feu Follet semblait étranger à cette paix.

« Tu sais Feu Follet, je suis un vieil homme, j’ai traversé bien des vies, mais moi aussi parfois je ne trouve plus le sens. Alors je viens m’asseoir ici et je laisse le jardin me pénétrer. Je deviens doux comme le velours du pétale de rose, pointu comme ses épines, tendre comme l’herbe là à l’ombre du mur, fier comme la corolle du l’arum, rugueux comme cette pierre où tu t’es assis… comment puis-je t’aider mon ami ? »

Feu Follet sembla se réveiller de sa rêverie. Il regarda l’Honorable un long moment et lui demanda avec de la lassitude dans le regard « Comment fait-on pour choisir ? »

L’Honorable sourit légèrement, comme à l’accoutumée, Feu Follet ne posait que des questions évidentes auxquelles il n’y avait pas de réponse. Et comme d’habitude il ferait ce qu’il pourrait pour l’aider à trouver lui-même sa voix.

La question posée Feu Follet resta à regarder l’Honorable, ses yeux reflétaient la tristesse infini de celui qui a échoué à comprendre et qui ne croit plus qu’il puisse y avoir une solution. Ce n’était presque plus une question, mais une plainte.

L’Honorable du haut de son grand âge fut ému, il dégluti et refoula quelques larmes qui prenaient le chemin de ses yeux.

« Tu sais Feu Follet, choisir c’est grandir et grandir parfois s’est douloureux, on a mal aux articulations."

« Oui mais je fais comment moi ? Je veux bien avoir mal si au final je peux choisir ! »

Feu Follet retrouvait la verve qui était la sienne, enchaînant les questions

« Et si je n’y arrive pas qu’est ce que je ferais ? Et si je me trompe dans mon choix ? « 

L’Honorable pris la parole.

« Rentrons, je commence à avoir froid et pour une question comme celle-là il nous faut absolument du thé. »

Feu Follet sembla un peu rasséréné, l’Honorable avait l’air sùr de lui et il ne l’avait jamais laissé tomber. Ils rentrèrent tout deux à l’intérieur et l’Honorable commença à préparer le thé alors que Feu Follet s’installait à la grande table de chêne. Ils ne dirent rien jusqu’à ce que la théière fut posée entre eux accompagnée de deux tasses et d’un petit pot de sucre brun.

Alors l’Honorable s’assit et commença.

« Tu vois, Feu Follet, choisir, c’est peser le pour et le contre.

Imagine que tu aies là, au milieu de la table, une balance. Une belle balance avec des plateaux en cuivre et un fléau du même métal. Non ! Soyons plus précis ! Une balance Roberval, avec son fléau à 3 couteaux, ses deux plateaux découverts, ses tiges verticales liées au contre-fléau. Une balance comme il nous faut pour une question d’importance : juste, sensible et fidèle ! »

Feu Follet fixa le centre de la table où la balance venait de prendre forme dans les mots de l’Honorable.

« Mais à quoi me sert une balance ? »

« Patience Feu Follet je vais y venir. Maintenant vois-tu à côté les poids ? Eux aussi sont en cuivres dans leur boite en bois, tu vois il y a un petit bouton cylindrique pour les saisir. Soupèse-les »

Feu Follet pris mentalement tour à tour chacun des poids dans la boite que l’Honorable avait fait apparaître au milieu de la table à la place de la théière.

« Que vois-tu ? »

« Leur poids est différent, du très lourd au très léger qui lui ne doit pas servir à grand-chose. »

« Nous verrons Feu Follet, nous verrons. Bon maintenant que notre outil est en place revenons à ton choix. Combien d’alternatives as-tu ? »

Feu Follet répondit dans un souffle : « Deux »

« Très bien, si tu avais eu plus de choix l’opération nous aurait pris beaucoup de temps. Il nous aurait fallu peser les différentes combinaisons. As-tu réfléchis aux avantages et aux inconvénients de chacune de ces possibilités ? »

« Mais oui ! S’agaça Feu Follet, «Je ne fais que ça depuis des jours et des nuits, parfois je crois avoir trouvé et puis dans la minute d’après je ne sais plus ! »

Feu Follet eu un instant de doute, où voulait en venir l’Honorable ? Son ami qui n’avait jamais failli était il devenu trop vieux ? Il se sentit tout de suite coupable d’une telle pensée et regarda l’Honorable en souriant.

Ce dernier avait vu l’éclair dans les yeux de son jeune ami, il savait bien ce qu’il pensait, il fit entendre un petit rire et continua son propos.

« Donc nous allons commencer par les avantages de chacune des deux hypothèses. Disons que le plateau qui se trouve à ta gauche est la première solution et que l’autre plateau est la seconde. Tu n’oublieras pas ? »

Feu Follet faillit répondre brusquement, mais se retint juste à temps se souvenant de sa pensée coupable. « Oui »

«Très bien, alors nous allons commencer. Je te demande tout d’abord de poser dans les plateaux de la balance le poids des avantages de chacune des solutions. »

Feu Follet disposa mentalement de chaque côté de la flèche de sa balance un premier poids de même masse. Puis il en ajouta un autre à droite et regarda le plateau s’abaisser. Il maugréa une minute puis prit un poids plus léger pour mettre sur le plateau de gauche et en ajouta un second. La balance s’orienta à gauche.

Il se concentra un moment sur les poids pour choisir le bon, en trouva un qu’il mit sur le plateau de droite. La balance rebascula… repartit dans l’autre sens un moment… refit le même mouvement avec une moindre amplitude… frémit encore faiblement …puis, s’arrêta. Parfaitement à l’équilibre !

« Cela ne marche pas ! » Feu Follet avait l’air tout contrit, la magie n’opérait pas !

« Ne soit pas impatient mon ami, buvons une tasse de thé pour nous reposer un peu de ce premier effort »

Ils burent doucement leur breuvage tout en fixant au centre de la table la balance imaginaire.

« Je crois que nous bien fait de choisir cette balance, elle est extrêmement précise. Maintenant que nous avons pesé le pour, il est maintenant temps de peser le contre. »

Feu Follet dirigea sa main vers la boite des poids et sans hésiter pris le plus gros d’entre eux qu’il balança sans ménagement sur le plateau droit de la balance. Celui-ci bascula brutalement dans un bruit métallique.

Et bien te voilà bien décidé Feu Follet !

Mais à son regard l’Honorable compris que la partie n’était pas gagné

Feu Follet ne l’écoutait pas, il restait concentré sur son opération. Il prit dans la boite devant lui un premier poids de taille moyenne, puis un second, qu’il posa dans le plateau de gauche. Il s’arrêta un moment et regarda la balance osciller.

Quand elle se fut arrêtée, son plateau droit en dessous du niveau du gauche, son visage se crispa. Il soupira longuement et d’une mine toute triste pris un troisième poids de petite taille et le posa légèrement sur le plateau comme s’il eut voulu qu’il ne pèse pas. Mais, le plateau gauche s’abaissa doucement pour venir se poser au niveau exact de l’autre plateau, le fléau s’immobilisa.

Feu Follet soupira une deuxième fois, et regarda l’Honorable

« Tu vois, je te l’avais dit, je ne peux pas choisir. »

Il continua comme pour lui-même

« Le même poids ! Elles font le même poids ! J’ai tout épuisé, mes raisons pour et mes raisons contre, et rien ne les départage !

Il soupira de nouveau et s’abima dans la contemplation de sa tasse de thé refroidi comme s’il eut voulu qu’elle vienne s’ajouter d’un côté de la balance

L’Honorable eut un petit sourire discret, Feu Follet était tellement sans détours, que d’aucun l’aurait trouvé simplet, là où lui le trouvait émouvant. Il attendit un petit moment puis s’adressa de nouveau à Feu Follet

« Tu as oublié un poids Feu Follet »

Feu Follet leva les yeux et vit le sourire de l’Honorable.

« De quoi me parles- tu ? Je ne vois plus rien dans la boite »

« Regarde mieux »

Feu follet se redressa et plongea son regard dans la boite. Tout au fond masqué par la paroi, il vit un tout petit pois, si petit qu’il semblait être un jouet.

« Mais, il n’y a qu’un poids ! Et il est tout petit. Comment vais-je faire ? Je n’ai plus de contre et de pour »

« Feu Follet, pour cette dernière étape un seul poids suffit. Ce tout petit poids, ce n’est ni le poids du pour, ni le poids du contre, c’est celui du désir, de la flamme, de l’envie, du rêve. Ce n’est pas un poids raisonnable, regarde d’ailleurs il n’est pas en cuivre celui-là il est en or. Pour celui là tu dois cesser de penser, cesser de compter, de mesurer, d’examiner toutes les causes et les conséquences. Pour celui là, tu dois fermer les yeux et trouver en toi tout au fond le poids du rêve. De tes deux choix insolubles, quel est celui qui te fait rêver, celui qui te donnera des ailes quand tu rencontreras des difficultés, celui-ci qui te fera rire sans raison alors que tout semble perdu. Celui qui t’inspirera quand les solutions n’apparaîtront pas…

Prends le Feu Follet ! Et jettes le dans un des plateaux sans réfléchir ! »

Feu Follet attrapa le tout petit poids d’or et le jeta dans un des plateaux surchargés. Le mécanisme de la balance se mit à jouer, le plateau oscilla, le contre fléau transmis le mouvement au fléau et l’autre plateau s’éleva pour s’arrêter quelques centimètre au dessus du niveau du premier.

« Voilà Feu Follet ta décision est prise. « 

Feu Follet, se redressa d’un coup, parti d’un éclat de rire, s’envola et se posa sur le plateau où il avait jeté le dernier petit poids et il sauta dessus à pied joint en chantant. « J’ai trouvé, j’ai trouvé »

Puis il virevolta dans la pièce tout à sa joie. L’Honorable le regardait et secrètement s’émerveillait, ce tout petit bout d’être lui apportait tant de bonheur qu’il espérait qu’il aurait encore mille et une questions à lui poser.

Puis il demanda à Feu Follet,

« Au fait, dis-moi, quel était ce choix cornélien que tu devais faire ? »

Feu Follet s’approcha de l’Honorable pour lui murmurer à l’oreille : « Je devais choisir entre… »

Mais à ce moment précis une cloche retentie de l’autre côté du mur du petit jardin et ce qui avait tant préoccupé Feu Follet demeura entre l’Honorable et lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24.09.2008

antisarkosisme,

je vais travailler moins, pour gagner moins, mais vivre mieux !

21.09.2008

.

Et revient

le démon

de l'indécision

nuit de chiffres

les chiffres dansent devant mes yeux

je parie sur un hiver doux

et sur un dégout pour le beurre

sur les épinards

15.09.2008

Tu crois ?

Tu crois que je pourrais ?

Et toi qu’en penses-tu ?

Mais je ne sais pas, c’est bien pour cela que je te le demande !

Alors non, je crois que tu ne pourras pas

Alors je dois renoncer ?

Le veux-tu ?

Mais non je ne le veux pas !

Alors ce sera ainsi, comme tu sais que ce sera,

Et je n’y pourrai rien ?

Non bien sur

Et j’aimerai ?

Oui tu aimera,

Et je souffrirai ?

Oui aussi mais moins

Et j’ai raison de sourire ?

Oui, tu es belle quand tu souris

Chantier

En deux rangées à peine alignées, brinquebalantes

Tellement serrées qu’on les croirait s’appuyer les unes contre les autres.

Parfois une ouverture incongrue et le sol nu.

Certaines semblent être forteresses, des étais de métal les soutiennent, d’autres s’affaissent par pans entiers.

D’autres encore essayent de faire bonne mine, malgré la lèpre qui ronge leur façade

Le chantier semble immense,

Celle-ci a-t-elle encore des fondations solides ? L’humidité n’a-t-elle pas trop rongé celle-là ?

Ces deux seront sacrifiées, on gardera ces deux autres.

On sondera chaque sous-sol, on fera résonner les murs pour savoir ce qu’ils soutiennent encore.

On parera au plus pressé, d’abord sauver celles que ne retient plus que l’habitude

Puis étayer les autres.

Alors on prendra le temps de penser, on établira un plan de bataille, on rassemblera ses forces et ses outils

et on les prendra une à une avec délicatesse.

Chacune recevra toute l’attention qu’elle mérite

On renforcera les fondations

On grattera les marques du temps

On reprendra les perspectives. On rebatira, s'il faut rebâtir.

Et, un beau jour de printemps, on passera tout à la chaux vive

En souriant à l’avance de l’œuvre achevée

L'amour

Etre

Le premier venu.

René Char

12.09.2008

.

Combien de fois faut-il approcher sa main du feu pour se convaincre qu’il brûle ?

09.09.2008

libre et doux

une si belle nuance et si douce aussi

le droit de se donner le plus beau de nous même

et de s'offrir en partage nos joies et nos parts d'ombre

le goût de penser qu'on se plait un petit peu plus que bien

intimité des âmes et vibration des sens

et notre désir intense et la belle amitié

et le bonheur de l'autre pour unique dessein

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