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28.07.2008

un petit bout de fesse

Alors que, fatiguée par une sucession de longueurs dans une piscine bien loin d'être olympique, allongée sur ma serviette, je laisse le soleil croire qu'il va me brûler, une image me revient.

C'était au Portugal, en août 1987 je crois. Nous revenions du village par la dune C’était un étonnant paysage, une dune plate se finissant par un à-pic donnant sur la plage et l'atlantique.

Nos bras étaient chargés de victuailles ; des sardines fraiches et argentées, du pain et du vino verde, ce vin issu des vignes qui poussent en treilles surplombant les rues des villages du nord. Ce raisin ne voit le soleil qu'à travers le tamis des feuilles qui offrent une ombre bienvenue pendant l'été.

Ce serait bombance ce soir à l’auberge de jeunesse qui réunissait des jeunes de toute l’Europe, ayant choisi cette région plutôt que l’Algarve et ses plages chargées de touristes. On ferait griller les sardines sur la plage et on les arroserait de ce vin trop jeune qui rendait léger et joyeux et ne se laissait pas oublier le lendemain quand chacun se retrouvait devant son bol de café et ses deux cachets d’aspirine.

Nos semelles s’enfonçaient dans le sable, le soleil était encore bien là et nous marchions en nous taisant. Demain nous pousserions plus au Nord avec les techniciens de l’ONF portugais que nous avions rencontrés la veille et qui avaient le grand avantage d’avoir une voiture. Au Nord c'était le parc naturel, qui chaque été brûlait un peu plus, nos deux compagnons de voyage nous guideraient pour trouver les espaces encore épargnés. 

L’auberge de jeunesse se dessinait au loin quand mon regard fut attiré par une forme noire dans le sable, à lisière du bois. Nous approchant, je vis qu’il s’agissait d’une personne, homme ou femme je ne la distinguais pas encore. Elle était allongée et vêtue de sombre. L’image était incongrue dans le soleil et la chaleur de la fin d’après midi. Peut-être un ivrogne ayant terminé la sa dernière bouteille.

Quelques pas plus loin j’eus l'explication de cette étrange vision. Le vin n'était pas en cause, c’était une femme âgée. Allongée sur le côté, elle était toute de noire vêtue ; chaussures et bas, jupe de drap, blouse épaisse et fichu. Elle semblait dormir. Seules deux taches de blanc tranchaient sur la silhouette sombre, un mouchoir posé sur son visage et… une fesse. Enfin, un petit bout de fesse qu’elle avait dégagée de ses vêtements et exposait au soleil.

Je ne sus jamais quelle médecine l’avait convaincue de soumettre ainsi à la guérison du soleil et de l’air marin une blessure ou une irritation que je ne distinguais pas sur sa peau blanche.

J’eus juste le temps d’arrêter d’un geste la velléité d’un de mes compagnons qui avait sorti son appareil photo. Cette femme bravait sa pudeur et nous n’avions pas le droit de lui voler son image.

De la soirée sur la plage à boire le vin vert ramené du village et à manger les sardines grillées je n’ai plus de souvenir, mais ce petit bout de fesse est resté gravé dans ma mémoire bien mieux que ne l’aurait fait toutes les photographies.

sieste

Chaleur de l’après-midi

Le soleil rôti la garrigue

L’air est étouffant, les gestes ralentis

C’est l’heure de la sieste

Celle dont on rêve tout l’hiver

Où l’on a trop chaud mais avec délice.

Nue sur le drap, jambes et bras écartés

Une sensation de flotter sur une eau porteuse

Chasser une à une les pensées

Qui viendraient troubler l’engourdissement

Les bruits s’assourdissent

Je me laisse couler dans la moiteur

27.07.2008

Etoffes

La chaleur du mohair quand on se recroqueville sur le sofa avec une tasse de thé brûlante, la souplesse animale du cuir dont l’usure à fait perdre la patine, les draps de coton rugueux et frais pour une sieste d’été, la sécheresse un peu irritante du lin , l’artifice du nylon, la vanité du brocart, l’outrance du lamé, la géométrie obsédante du patchwork, le crêpe noire des veuves, le précieux cachemire, le réconfort de l’éponge, la familiarité du jean, le sourire du madras, le lourd chatoiement des velours, l’épaisseur de la laine, la transparence de l’organdi, le nacre des boutons, la sensualité du satin, la rondeur vivante de la soie, la douceur du fil de sa chemise blanche, le crissement des bas, le doux relief de la dentelle, la peau.

26.07.2008

Ecartelée,

Retour au passé Je replonge dans le double, l’écartelée. Elle est si faible, aucune chair ne semble séparer la peau de ses os Elle est pourtant si puissante dans ma mémoire

Le présent ne résout pas l’histoire La souffrance d’absout pas la souffrance.

Etrangeté, je ne sais parfois pas si je colle au réel. Une brume m’en sépare, Interdisant le choix entre le silence et le verbe. Je reste dans le murmure, l’entre-deux, sachant qu’elle ne comprend pas. Je suis dans l’omission, dans le geste arrêté.

Un dernier geste de la main, nous savons toutes les deux que c’est peut être vraiment le dernier, ni elle ni moi ne pleurons, pas encore.

Aurais-je dû me contraindre ? Je n'ai pas la clef,

22.07.2008

rengaine

Se donner totalement sans se départir de soi ?

Parce qu’il serait impossible de trouver celui pour qui tout donner serait tout recevoir ?

Parce que de plus roués esprits m'en convaincraient ?

Suis-je faite pour contraindre mon esprit à accepter ce que je refuse ?

Ne donner que de moi le doux et l’intense

Et garder le sombre, le triste, le désespéré,

Tout donner et puis se reprendre,

N’est-il pas plus grande solitude que cela ?

Laisser jaillir de soi l’énergie sans mesure, puis la rediscipliner, la remettre dans sa forme, l’apaiser seule,

reviens, reprends ta place, reste lucide, viens que je te berce,

Oui il m’arrive d’être sombre, oui je me débats avec mes maux, oui parfois je pleure de solitude à en vomir,

Et pourtant j’ai toute cette douceur, cette joie, cette paix, cette énergie, ce gout du bonheur qui vous séduisent,

Et ma colère est immense, et je doute avant même de commencer, et je me berce de douceur, et je m’oublie dans l’exulté,

Séduisante mais pas aimable, cette rengaine m’obsède et m’encolère.

20.07.2008

L'hotesse

J’étais arrivée un peu en avance, j’avais le temps de boire un café. Le débat me mobiliserait jusque tard dans la soirée et je me sentais un peu lasse. J'aimais ce temps de calme précédent le moment où j'entrais en scène, mobilisant mon énergie de passeur.

C’était une petite ville à l’unique rue commerçante. On était encore en île-de-France, mais, à ces confins, c'était ici déjà presque la province. J’avais descendu la rue, cherchant un bar ou une brasserie. Il n’était que dix-neuf heures mais les rares magasins étaient déjà fermés. Après quelques minutes je trouvais un café. Une terrasse minuscule et deux tables, je m’y installais dans la douceur un peu fraîche de la fin d’après-midi.

J’avais entr'aperçu, avant de m'asseoir, l’intérieur du café. Un peu sombre, il accueillait un comptoir en bois et quelques tables. Sa décoration était surprenante, aucun objet publicitaire aux couleurs criardes, mais des bibelots de porcelaine qui voisinaient avec des photos encadrées et des aquarelles. Un homme était accoudé au bar, il conversait avec une femme dont je ne vis d’abord que la silhouette.

J’allumais une cigarette, goûtant ce moment de paix et de solitude en un lieu inconnu.

La femme apparue ou plutôt l’hôtesse. Elle était vêtue d’une tunique blanc-ivoire rehaussée de broderies dorées qu’elle portait sur un pantalon fluide de même couleur et des escarpins aux talons hauts et fins. Elle devait avoir entre cinquante et soixante ans. Ses cheveux blonds étaient parfaitement coiffés d’un chignon qui laissait échapper quelques mèches. Autour de son cou un ensemble de chaînes d’or et sur sa poitrine une broche de plumes. Ses pendants d’oreille étaient du même métal, tout comme les bagues qui recouvraient ses doigts. Ses yeux étaient soigneusement maquillés. Son visage était encore beau mais on y voyait les marques du relâchement impitoyable du temps.

Dans cette petite ville au milieu du nulle part, elle semblait être une apparition venue d’ailleurs. Elle s’adressa à moi d’une voix douce et avec un sourire qui, illuminant son visage, me fit entrevoir sa beauté passée qui avait dû enchanter les hommes qui l’avaient croisée.

Je commandais un café et la vis retourner derrière son comptoir. L’homme s’était assis sur un tabouret. J’entrepris de le regarder mieux. Il devait avoir une trentaine d’années, bel homme, vêtu d’un pantalon sombre et d’une chemise blanche, il suivait de la tête l’hôtesse qui préparait mon café. Je me plus à imaginer que son regard, que je ne distinguais pas, voyait en cette femme la beauté que j’avais perçue lorsqu’elle m’avait souri.

Après quelques minutes, elle me ramena mon café. Comme je m’y étais attendue, elle me le servit dans une tasse de porcelaine. Je la remerciais, mais le regard qu’elle me rendit me surpris. Il semblait ailleurs. Cette femme n’était pas avec moi, pas dans cette ville. Peut-être était-elle quelque part dans sa mémoire avec cet homme accoudé au comptoir et que bien trop d’années séparaient d’elle.

Elle s’attarda quelques minutes à la porte de son établissement, regardant la rue, absente. Je tentais, la voyant, d'imaginer quelle avait pu être sa vie passée. Une remarque de l’homme dont je ne compris pas la teneur la fit se retourner et rentrer. Je surpris alors, avant qu’elle ne disparaisse, son sourire revenu, illuminant ses traits. Et je vous jure que c'est une femme de trente ans que je vis s’enfonçer dans la pénombre du bar.

Je terminais mon café sans plus regarder à l’intérieur, ces instants de vie n’étaient pas miens. Je payais ma consommation et quittais la terrasse, sans attendre ma monnaie. Un au-revoir à deux voix venant de l’intérieur salua mon départ, je leur souris sans mot dire et emportais avec moi l'image triste et belle de ce temps suspendu.

le son de ton pas

Il me semble parfois

que je ne saurai pas

dans le brouhaha

distinguer le son de ton pas.

.

Il me semble parfois

qu’entre toutes les voix

je ne pourrais pas

isoler la tienne.

.

Il me semble parfois

que je ne serai pas

celle qui viendra vers toi

et qu’il te faudra me prendre

presque malgré moi.

.

Mon âme est attentive,

Elle écoute les bruissements

19.07.2008

laisse faire ton pas

Mon âme s’encolère

Rejette la finitude

Le tiède, l’intermédiaire

La demi-mesure

.

Mais l’Homme est fini

Seul Dieu est absolu

.

Pourquoi devrais-je me contenter ?

Me presque nourrir ?

Me presque donner ?

Serait-ce se résigner ou mourir ?

.

Tu dois te tempérer

Accepter,

.

Mais je veux brûler !

Brûler encore !

Laisser jaillir le torrent !

Vivre intensément !

.

Tu ne peux brûler indéfiniment

Apaise-toi,

.

Mais pourquoi cette énergie alors ?

N’est-elle là que pour m’éprouver ?

Je veux apprendre !

Je ne veux pas abandonner !

.

Rien de ce qui est inutile

Mais il est trop tôt encore

Marche encore un peu

Laisse faire ton pas,

18.07.2008

les couvreurs

Ils étaient arrivés tôt, alors que je goûtais mon premier café sur la terrasse. Un petit camion benne, qui s’était garé dans la pente. Quand on parle de pente ici, on sait ce que cela veut dire, on n’y monte plus quand la neige arrive.

Leur arrivée dans le petit village accroché au flanc de la montagne s’était faite dans le calme, pas de claquements de portières, de bousculement des matériaux sur le plateau du camion.

Ils étaient deux, de taille moyenne, plutôt fins. Le premier ne devait pas avoir plus de trente ans, une tignasse brune en bataille, un sourire franc, un pantalon de toile bleue et une chemise. Le second me semblait un peu plus âgé. Manifestement, des deux c’était lui le patron. Lui aussi était habillé simplement, un jean et un tee-shirt. Ils avaient tous deux le visage mat. Pas du hâle que l’on obtient sur les plages, mais de celui que l’on garde toute l’année à force de passer du temps au grand air. Le temps pour moi de rentrer à l’intérieur pour quelques tâches et de ressortir avec le second café du matin, ils avaient commencé à sortir de longues planches du camion, qu’ils glissaient au dessus du mur de l’habitation et assemblaient le long des gouttières. C’était une maison en pierre au vaste toit d’ardoise, à deux pans, qui se découpait sur le fond de la vallée.

Tout au long du matin je les vis travailler, marchant sur ces planches comme sur le sol. Ils œuvraient en se parlant peu, ces deux là, manifestement se connaissaient de longue date. Leurs gestes s’accordaient, sans presqu’un regard. Ils commencèrent par déshabiller un pan du toit, offrant à l’air vif la nudité de la maison. De là où j’étais placée je ne voyais pas l’intérieur, mais simplement les chevrons de la charpente. Le premier passait les ardoises au second qui les entassaient sur une planche presque sans un bruit.

Ils me semblaient travailler lentement quand je les regardais par-dessus la couverture de mon livre, mais dès que je les quittais, je retrouvais à mon retour leur ouvrage très avancé. Leur régularité tranquille me fascinait. Parfois nos regards se croisaient, sans que nous échangions de signe de reconnaissance. J’avais surpris un sourire de connivence entre eux quand je m’étais installée, mais mon observation attentive ne semblait pas les gêner. Nous étions simplement là, eux absorbés par leur travail et moi les regardant, lisant et écrivant dans la journée qui s’étirait sans bruit.

En milieu d’après-midi, alors que je m’étais de nouveau installée avec mon livre alibi sur la terrasse, je les vis soudain tous deux se redresser debout sur le toit, leur silhouette se découpant sur la montagne derrière eux. Ils observaient le ciel, échangeant à mi-voix. Depuis le matin des nuages passaient, traversant lentement la vallée de part en part. L’air était vif, mais il n’y avait pas de vent. Le temps annoncé devait être beau toute la journée.

Ils se parlèrent un moment, puis descendirent du toit. Je les vis alors retirer du camion des bâches bleues. Avec la même lenteur et la même régularité qui avaient attiré mon regard, ils déployèrent une à une les bâches recouvrant la partie du toit encore nue.

Je pris soudain conscience de ce que cela signifiait et entrepris de débarrasser l’étendoir du linge que j’avais étendu à l’aurore. Ce faisant nos regards se croisèrent de nouveau et je les remerciais d’un grand sourire. Ils me firent un petit signe de la tête, manifestement amusés. Le ciel qui n’annonçait rien à la profane que j’étais, quelques minutes avant, se teinta soudain d’un gris plus soutenu, le vent se levant de nulle part.

Ils avaient maintenant fini de recouvrir le toit et fumaient une cigarette assis sur le mur d’enceinte de la maison. Je fis de même et attendis les gouttes de pluies qui ne tardèrent pas à arriver.

Ils rejoignirent leur camion et je les vis alors repartir comme ils étaient venus, tout en maîtrise et en grâce. Le plus jeune me salua d'un sourire. Je me mis un peu à l’abri regardant la pluie qui se faisait de plus en plus dense striant l'horizon de raies verticales et argentées.

16.07.2008

canopée

Une forêt de cheminées en briques émergeant du zing des toits

un autre monde au-dessus

celui des chats de gouttières

et des vigies.

La ville communiant avec le ciel, émouvante, charnelle.

Ici et là quelques toits-terrasse

pour des guetteurs et des poètes.

La lune qui apparaît s'accrochant aux hérissements

alors qu'au loin, le soleil plonge dans l'enchevètrement.

Le presque silence, assourdi d'un bruit de gave montant d'un en-dessous lointain.

D'ici l'en-bas est souterrain,

on pourrait ne pas vouloir redescendre.

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