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05.04.2008
les petites phrases...
Il est des petites phrases qui vous gratouillent, vous turlupinent et vous tourneboulent. De ces maximes-sparadrap en direct de chez le capitaine Haddock, qui ne vous lâchent plus et vous tombent dessus dès que vous faites mine de ne penser à rien,
Parfois il faut des années pour en venir à bout, elles tournent et retournent, mettent le bazar dans ce qui semblait ordonné, prennent un malin plaisir à nous voir ne rien y comprendre… Vous vous sentez tranquille, la journée a été dure, Morphée vous tend enfin les bras ?... les voilà qui rappliquent avec l’air de ne pas y toucher… Pas de souci... vous allez juste y penser une minute puis vous passerez à autre chose, et... vous voilà plongé dans les affres de la réflexion…
Vous ne voyez pas ce dont je parle ? Allez, je vais vous donner quelques exemples de ces agaceuses de têtes,
La première m’arriva un jour, autour d’un plateau d'huîtres, l’hôte était charmant, nous devisions tranquillement, le vin était délicieux et voilà que celui qui n’était pas encore un ami me dit « il faut rassembler ce qui est épars »… Le repas se poursuivit normalement, un moelleux au chocolat pour le terminer…tout allait bien....
Et puis, de retour à l’hôtel, je m’allongeais, bien décidée à ne rien faire que de me laisser porter par la griserie du vin et.. la voici qui rapplique ! Sur ses talons, claquant sur le parquet… rassembler ce qui est épars, …avec un petit sourire en coin.Elle était accrochée, elle n’allait pas me lâcher de si tôt...
Alors donc, rassembler ce qui est épars... facile, me dites vous ? Et bien réfléchissez-y… Essayez donc de rassembler ce qui est épars …
Au début tout va bien, on les voit les morceaux un peu décollés, un petit effort, un bon tube de glu et voilà qui est fait. Mais c’est qu’elle ne s’en va pas, la maudite petite phrase, elle s'accroche…allez rassemble ce qui est épars !
Alors on se dit que peut être ce n’est pas si simple, que si elle ne part pas c'est que le travail n'est peut-être par terminé. On regarde un peu plus loin et on en trouve d’autres, des morceaux, des morceaux épars, éparpillés… et on se retrouve à faire le grand écart pour en tenir un sans en lâcher un autre… et puis sous les morceaux on en trouve d’autres dont on ne soupçonnait même pas l'existence, et cela n'en finit pas…
Vous comprenez mieux ce que je veux dire maintenant quand je parle de petites phrases qui tourneboulent ? Pas vraiment ? Bon, je vais vous donner un autre exemple pour finir de vous convaincre…
Je me sentais presque héroïque, j’avais commencé à comprendre pourquoi il fallait effectivement rassembler ce qui est épars … (non non, n’allez pas imaginer que je vais vous dire ce que j’ai compris ! Faites le boulot de vous même !) … quand, le même « ami » qui commençais à sérieusement m'énerver à mesure qu'il devenait un ami, donc l'ami en question, devant un nouveau plateau d'huîtres (il faudra que je trouve un jour s’il y a une corrélation entre les huîtres et les phrases-glu) me lâcha incidemment …deviens ce que tu es ! … merci l'ami ! Et me voilà de nouveau embarquée !
Alors cher Pindare poète grec repris par Nietzsche, tu aurais pu dire «devient ce que tu sera » ça c’était facile, on progresse et au final on devient quelqu’un de bien, et tout est merveilleux ! Mais non tu emploies le présent, deviens ce que tu es… Et tu ne nous dis pas que l’on doit devenir qui nous sommes, non mais bien ce que nous sommes…
Vous je ne sais pas, mais moi, je ne trouve pas cela très facile de devenir ce que je suis… D’abord je ne sais pas bien ce que je suis, et puis, si je cherche, et même si pour cela je rassemble ce qui est épars, je ne trouve pas, ou alors des bribes, des morceaux, un peu flous et contradictoires, et puis au final, je finis pas m’inquiéter, et si je devenais ce que je hais ?
Bon je crois que vous avez compris…, ou alors que vous m’avez définitivement rangée dans la catégorie des bonnes à interner… Vous avez compris ces petites phrases qui ne nous lâchent pas avant d'avoir été au bout de leur effet. Ce primum non nocere qui m’a pris deux ans, ce connais toi toi-même aussi facile à dire que difficile à faire…
Alors pour ne pas vous quitter sans vous réjouir une dernière fois, je vous offre cette toute petite dernière, d’un autre « ami », nous parlions ensemble de l’importance qu’il y a à tailler sa pierre, et lui, sans prévenir, me demande « qu’as-tu fait des éclats de la pierre ? »… Celle-là je vous la laisse, pour ne pas être seule, avec un peu de chance c'est dans votre tête à vous qu'elle tournera…
En guise de conclusion ... une supplique… la prochaine fois que vous aurez une belle petite phrase, une maxime qui va révolutionner le monde, l’idée sans laquelle rien ne tourne, je vous en prie, demandez moi s’il me reste un peu de place dans la tête, avant de me la délivrer… je vous dirais si je ne préfère pas que vous me parliez du temps qu’il fait… !
photo de didier
18:03 Publié dans Mots d'âme | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note






Commentaires
"Le voir vide, si tu comprenais vraiment cela, tu n'aurais plus rien à chercher ici", c'est la leçon d'un (beau) livre qui porte ce titre, délivrée par un moine zen japonais à un impétrant européen...
Ecrit par : L'eau (de mer) | 10.04.2008
merci, l'eau (de mer), je vais prendre le temps d'y réfléchir...
Ecrit par : aspher | 14.04.2008
Merci pour cette très drôle (donc sérieuse... paradoxe) illustration du mouvement perpétuel de nos caves cérébrales....
Ecrit par : Marc | 21.04.2008
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