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16.03.2008

souvenirs d'Orient

mon amifrère parti à l'orient

je te suis de loin dans tes étonnements, tes pertes de repères, tes déceptions du réel

miroir dans mon quotidien gris .. pensées de là-bas, qui me ramènent à mon propre désorientement

il me souvient combien je me sentais étrangère à ce pays, combien je m’effaçais comptant parfois à rebours les jours de ces apnées, j’aurais parfois voulu ne pas être, je ressentais mon occidentalité quand l’orient me désorientait

mille souvenirs me reviennent, et je cherche parmi eux ceux qui étaient doux et lumineux

je ne trouve que des goûts : l’odeur du thé à la menthe et la douceur presque écœurante des gâteaux, les tables autour desquelles la famille se réunissait, la volupté de la nourriture portée à la bouche, la pulpe des doigts touchant par avance les saveurs

des impatiences me reviennent, ces temps en suspend où nous ne savions quand et où

cette absence presque totale de l’esprit, ces discussions vides où pendant des jours je n’étais que la mère, l’épouse, cette presque injure faite à mon intelligence quand on ne la sollicitait pas

ces choquements de l’âme entre la misère crasse et l’opulence des maisons où nous étions parfois reçus, ces fillettes bonnes à tout faire, dormant sur une paillasse dans l’arrière cuisine,

ce souvenir de ces médecins brutaux et sans compassion devant la blessure de mon enfant, mordue par un chien, cette eau bue alors que je voyais non loin les immondices qui sans doute la souillait, cette ville toute blanche qui m’avait paru si propre,

cette attention toujours attirée sur moi par ma blondeur et ma pâleur, cette incapacité à se confondre,

je ne trouvais ce pays que d’autres me décrivaient que bien rarement, les paysages me semblaient salis, les palais ne me laissaient pas oublier la misère

là-bas je portais la responsabilité de l’occident, on me disait et me répétais combien l’orient lui était préférable, on dénonçait devant moi l’individualisme de mon monde, mais on ne parvenait pas à me masquer la brutalité, les discussions tournaient à mon désavantage tant on cherchait à se convaincre en me parlant

j’avais opté pour le mutisme et le sourire, je dévorais des livres, m’échappant

je me fustigeais au début de mes réactions d’occidentale m’accusant d’ostracisme, mais mon corps et mon esprit rejetait ce monde

je découvrais l’homme dont je partageais la vie comme un autre, ses contradictions plus encore éclairées

combien de fois les larmes me sont venues derrière les yeux, d’impatience, on était gentil et accueillant avec moi, et pourtant je comptais à rebours les jours

il me souvient plus brutal encore de ces migrations bétail, traversant une Espagne hostile et méprisante, pris dans le flot des familles

ces attentes interminables sur le port, sans points d’eau

ces cris, quand ils se battaient pour sortir du ventre du ferry

ce mépris des douaniers pour ceux qui ne payaient pas

ces voitures qui parfois rompaient la file comme par miracle et passaient devant tout le monde, l’air satisfait du conducteur et l’odeur des billets,

ce monde me semblait brutal, la douceur réservée à la famille, l’absence de civisme

pensées jamais formulées pour ne pas blesser, injustes nécessairement,

je conserve pour moi les lumières parfois perçues, de toutes petites choses, l’odeur du thé encore, la blancheur presque extraordinaire de cette ville le gout des figues de barbarie, cette plage inhabitée où je m’étais éloignée un temps

merci mon frère, de m’avoir donné l’occasion de ces mots, qui m’aident à remettre les choses où elles doivent être,

 

Commentaires

Probablement ce que j'ai lu de mieux en ces lieux. J'en suis envieux et à genoux "M".

Ecrit par : Wilyfrid | 20.04.2008

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