21.05.2011
Les tartines à la confiture de potiron
Ce matin là quand l’Honorable se leva il régnait dans la maison une atmosphère inhabituelle.
La veille au soir Feu Follet, bien que le temps soit plutôt sec, n’avait pas pris le chemin de la porte après le diner.
Il était resté assis à la grande table, entreprenant l’Honorable avec mille questions sur l’histoire de la conquête vers l’Est de l’armée romaine.
Le vieil homme avait bien vu que ces questions avaient une autre fonction, celle de reculer le moment du retour. Mais avec un peu d’amusement il avait laissé Feu Follet se dépatouiller avec sa demande. Celui-ci avait longtemps hésité, puis avait lâché
- Tu sais Honorable
- Oui ?
- Et bien il est déjà tard,
- Oui
- Et je voudrais continuer à explorer les conquêtes de Trajan
- Oui…
- Et si m’interromps demain il faudra que je reprenne tout depuis le début
- Tu crois ?
- Oui. Et bien… cela ne te dérangerait pas que je dorme ici ce soir ?
L’Honorable marqua un temps d’arrêt puis répliqua :
- Mais non Feu Follet, cela ne me dérange pas, tu es le bienvenu autant de nuits que tu le veux
Son ami avait poussé un soupir de soulagement, signe de l’effort consenti pour réaliser sa demande. Il était monté bien tard à l’échelle du grenier alors que l’Honorable regagnait sa chambre
Le matin suivant, lorsqu’il sortit de sa chambre pour aller faire bouillir l’eau pour le thé, l’Honorable tomba sur Feu Follet tout affairé autour du fourneau
Il régnait une bonne odeur de pain chaud
- Mais Feu Follet ?
- Bonjour Honorable
- Mais, quand as-tu fait ce pain ?
- Et bien, ce matin
- Tu a du te lever aux aurores !
- Je me lève toujours aux aurores. C’est toi qui dors comme un loir ! répondit Feu Follet en riant
- En tout cas cela sent délicieusement bon
- Assieds-toi, j’ai tout préparé
Feu Follet disposa sur la table devant le vieil homme, une tasse de thé fumante, une miche de pain brulante, et… un pot de confiture !
- Hum,
- Quoi ?
- Rien
- Quoi rien ? Tu grommèles dans ta barbe je le vois bien !
- Dans le pot là c’est ta confiture de potiron ?
- Oui. Je viens de la gouter elle est fameuse.
- Ah …
- Tartinée sur une belle tartine de pain chaud c’est un délice
- Je te crois, je te crois Feu Follet, mais ce matin je n’ai pas très faim
- Pourtant tu semblais bien attiré par l’odeur du pain à l’instant ! Ne serait-ce pas, par hasard, cette confiture qui t’a fait disparaître l’appétit ?
- Et bien oui ! Je te l’ai dit je n’aime le potiron !
- Et tu as déjà gouté le potiron en confiture ?
- Non, grand dieu non !
- Alors comment sais tu que tu n’aimes pas ?
L’Honorable due bien s’avouer qu’il aurait du mal à justifier le fait qu’il n’y gouterait pas. Alors il prit son courage à deux mains. Il se découpa une large tranche de pain, pris du bout des doigts la cuillère à café, la trempa dans le pot de marmelade, en récolta la valeur d’une demi noisette qu’il déposa sur le coin d’une croute.
Feu Follet le regardait rieur.
- Allez vas y goute !
- Oui, oui, ne me bouscule pas, c’est le matin, j’aime prendre mon temps à mon âge
- Ton âge, oui, ton âge…
L’Honorable ne releva pas. Il approcha la tartine de sa bouche et croqua rapidement le morceau, prêt à l’avaler d’un seul coup.
Et là, il sentit sous son palais une explosion de goût, mille saveur titillèrent ses papilles. Cette confiture était une merveille ! Sucrée mais pas trop, acidulée mais pas trop non plus, épicée, surprenante, c’était un pur délice !
Il reprit la cuillère et cette fois étala sur sa tartine une épaisse couche de confiture orangée. Il se régala comme il s’était rarement régalé, se léchant le bout des doigts une fois la tartine terminée.
Puis il regarda Feu Follet.
- Mais où as-tu appris à réaliser ce délice ?
Feu Follet ouvrit la bouche, mais se ravisa
- Et bien…
L’Honorable vint à son secours
- Peut-être est ce « on » qui te l’a appris ?
- Oui, oui, c’est ça
Feu Follet changea rapidement de sujet en sortant du four des craquants aux noisettes.
- Mais Feu Follet, tu as du passer la nuit à cuisiner, as-tu dormis au moins ?
- Oh oui ! Au moins deux bonnes heures !
A son regard l’Honorable compris qu’il n’était pas en train de se moquer de lui, deux heures cela semblait être une bonne nuit pour un Feu Follet et comme cela lui permettait d’être un si fin pâtissier il n’allait pas le lui reprocher !
17:08 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20.05.2011
dans le 93
Bientôt on quittera nos Pyrénées parisiennes
on remettra les livres en désordre dans les cartons
on emballera soigneusement les miroirs dépareillés
on alignera les girafes pour qu'elles montent dans le camion
et puis on partira
on franchira la frontière
pour s'arrêter juste à côté
dans la maison dans le ciel
on fera un jardin sur le toît
avec des framboises et des lilas
on se fera du bonheur dans le 93,
et puis on en rira,
en se penchant un peu
pour voir Paris
22:29 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
04.03.2011
Le blizzard (4)
La neige s’était installée, elle rendait presqu’impossible les déplacements. Les provisions récoltées à l’automne révélaient toute leur utilité. L’Honorable regardait parfois les bocaux de confiture de potiron en se disant que si la neige continuait ainsi de tomber il allait devoir en passer par là pour ne pas mourir de faim.
Malgré la neige, Feu Follet continuait à arriver à l’aube et à repartir à la nuit tombée.
L’Honorable ne lui avait toujours pas posé de questions. Non qu’il n’osa pas, mais il avait tellement pris l’habitude de ne pas en poser que maintenant qu’il le pouvait il n’en ressentait plus le besoin.
Il devait être quinze heures quand le vent se leva, chargé de neige. En moins d’une heure il se transforma en un véritable blizzard comme il en existe dans des contrées moins septentrionales.
La maison tremblait sous les tourbillons de vent. On ne distinguait presque plus la grange à travers la fenêtre. On se serait cru sur un navire au milieu de l’océan arctique.
La nuit était tombée brutalement avec plus d’une heure d’avance.
L’Honorable commença à s’inquiéter, Feu Follet partirait il comme tous les soirs malgré la tempête ? Quelque chose lui disait que s’il n’intervenait pas, c’est ce qu’il ferait. Il le saluerait comme tous les soirs d’un joyeux « au revoir l’Honorable à demain », puis il s’enfoncerait dans les éléments vers on ne sait quelle destination.
Il regarda son jeune ami. Il était assis à la grande table. Avec une plume qu’il trempait dans un encrier posé devant lui, il dessinait d’étranges enluminures dans la marge du cahier dans lequel il notait les citations qu’il relevait dans les biographies d’Adrien. Pas un instant il n’avait semblé se rendre compte de la tempête qui s’était déchainée autour d’eux.
L’Honorable mit à chauffer l’eau pour le thé. Il se sentait hésitant comme à chaque fois qu’il lui fallait demander quelque chose à Feu Follet et ce malgré le fait qu’il l’avait autorisé formellement à lui poser des questions. Il remplit la vieille théière, la posa sur la table et servit deux tasses de thé. Feu Follet leva les yeux de son ouvrage et lui sourit.
- Merci Honorable
- Dis-moi Feu Follet
- Oui ?
- Je crois qu’il ne serait pas prudent que tu t’en ailles ce soir,
- Mais pourquoi ?
- N’as-tu pas vu le temps ? Je ne sais même par si nous parviendrons à ouvrir la porte de la maison avec toute la neige qui s’amoncèle.
- Peut-être as-tu raison, mais…
- Tu va t’égarer et finir recouvert de neige, reste ici au moins cette nuit, je serai rassuré
- Je ne vais pas te déranger ?
- Si je te le propose c’est que tu ne me déranges pas
- Alors oui, je reste
Puis Feu Follet se replongea dans son travail comme si de rien n’était.
L’Honorable en fut tout décontenancé. Il s’attendait à devoir convaincre Feu Follet, à répondre à ses questions, à ce qu’il soit réticent… à tout sauf à cet acquiescement presque qu’indifférent.
Il se leva pour se donner une contenance et se dirigea vers la bibliothèque. Il prit un ouvrage et le feuilleta la tête ailleurs.
Il était presque fâché contre Feu Follet. Tout de même ! Il venait de l’inviter à passer la nuit chez lui ! C’était la première fois ! Et ce petit malotru ne le remerciait même pas !
Il posa rageusement le livre sur l’étagère prêt à interpeler Feu Follet. Mais quand il tourna les yeux vers lui il s’arrêta.
Certes Feu Follet n’avait pas bougé, il était toujours assis à la grande table, la plume en main, les yeux baissés. Mais il semblait davantage gratter le papier que dessiner les fines enluminures auxquelles il se consacrait il y a quelques minutes. L’Honorable recula un peu dans la pièce, attentif à celui qu’il s’apprêtait l’instant d’avant à rabrouer.
Soudain il vit apparaître une flammèche bleue. Elle était minuscule et n’avait brulé qu’une fraction de seconde. Mais cela faisait des semaines, presque des mois que Feu Follet avait cessé de s’enflammer. Ces manifestations avaient progressivement disparues à mesure que s’amenuisaient ses ailes diaphanes.
Une autre flamme apparut pour mourir immédiatement. Par le passé les flammèches accompagnaient des grands moments d’agitation de Feu Follet. Cette fois il était immobile, semblant ignorer ce qui s’échappait de lui.
L’Honorable eut pitié de lui. Manifestement ce qu’il avait pris pour de la quasi impolitesse cachait un grand trouble.
Il s’approcha de la table et s’adressa à Feu Follet :
- Dis-moi mon ami, il me semble que ma proposition te trouble, veux-tu que nous en parlions ?
Feu Follet leva son regard, il était un peu triste. Mais très vite un sourire apparut :
- Je crois que tu viens de me poser une question !
- Comment ?
- Et bien oui, tu m’as posé une question !
- Oui et alors ?
- Souviens toi, nous avons un marché, si tu me poses une question, tu dois d’abord répondre à une de mes questions
L’Honorable éclata de rire. Feu Follet était manifestement ennuyé par sa demande, mais il n’avait rien perdu de sa répartie.
- D’accord, pose-moi ta question
- Comment es tu arrivé ici ?
- Comment ici ?
- Ici, sur le coteau
C’était la première fois que Feu Follet lui posait une question de cette nature.
- Et bien, je suis arrivé il y a une dizaine d’année, je venais de loin, j’avais ici un aïeul que je ne connaissais pas. Il n’avait aucun autre héritier que moi. Le notaire avait fait des recherches dans la maison et trouvé de vieux papiers mentionnant mon nom. Il m’avait adressé un courrier me priant de venir prendre possession de mon héritage. Et l’héritage en question est autour de toi, cette vieille maison et son petit jardin clôt.
- Alors tu es resté ?
- C’était prévu pour quelques jours oui, mais j’ai fait une rencontre
- Ah bon quelle rencontre ?
- La Diseuse
- Tu es resté pour la Diseuse !!
- Pas tout à fait, mais elle m’en a donné l’idée.
- Tu la connaissais ?
- Tsss, je suis en train de me faire avoir. Cela fait quatre questions que tu me poses ! A toi de répondre à la mienne.
- Je ne m’en souviens plus ! dit en louchant Feu Follet
- Et tu penses que je vais te croire ! Mais bon, puisque tu m’y obliges je te repose ma question. Je t’ai proposé de passer la nuit ici et tu as semblé troublé est-ce vrai ?
- Non pas vraiment, en fait je suis heureux que tu me l’aies proposé, et je t’en remercie, mais…
- Mais ?
- Il est possible que l’on s’inquiète
- Qui on ?
- Et bien … c’est ta troisième question !
- Oui ! il m’en reste donc une ! Qui on ? Qui va s’inquiéter ?
- Ça je ne peux pas te le dire, j’aimerai bien mais je ne peux pas…
L’Honorable se tut un moment. Etait ce si important tout compte fait de savoir qui était ce « on » ? Si Feu Follet ne pouvait en parler, il pouvait l’accepter, comme il l’avait fait, dès le premier jour quand il était apparu devant les chevaux du cocher. Il changea alors d’angle d’attaque.
- « On » sait-il que tu passes tes journées ici ?
- Feu Follet hésita un instant Oui « on » sait
- Donc il n’y a pas de souci ! « On » verra bien que le blizzard souffle, « on » se rendra bien compte qu’il serait dangereux de sortir par ce temps, « on » se dira que tu t’es mis à l’abri, et « on » ne s’inquiétera pas !
- Tu en es sur ?
- Oui tout à fait, je n’ai pas l’ombre d’un doute !
Le visage de Feu Follet s’éclaira d’un large sourire
- Alors oui l’Honorable, je suis très heureux de passer cette nuit dans ta maison !
15:10 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blizzard, feu follet, enluminures, flamèches
27.02.2011
L'Histoire Romaine (3)
L’hiver venu, la constitution des réserves s’interrompit, les deux amis se réfugièrent dans la maison ne sortant que lorsque le temps était sec.
Ils s’installaient de chaque côté de la grande table, l’Honorable avec sa pile de livres, il finissait un manuel sur l’histoire romaine, et Feu Follet en face de lui explorant chaque jour un nouvel ouvrage.
Il avait déniché les œuvres complètes de Jules Verne et s’était emballé pour les aventures de Michel Strogoff, passionné pour celles du capitaine Nemo, il s’était révolté avec John Adams, il avait survolé l’Afrique avec Fergusson…
Jules Verne terminé, il était passé à Marc Twain, puis Kipling. Il aimait les grandes épopées et dévorait les livres à une vitesse surprenante.
Quelques semaines plus tard il arriva au bout des livres d’aventures. Il s’attaqua aux biographies. Il lisait toujours aussi rapidement mais semblait un peu s’ennuyer.
Un après midi alors qu’ils étaient comme d’habitude installés face à face, Feu Follet attrapa un livre sur le pile de l’Honorable. C’était l’Histoire romaine de Tite Live le plus grand des historiens romains. L’Honorable le regarda au dessus de ses lunettes. Feu Follet allait avoir une surprise quand il découvrirait que l’ouvrage était en version originale !
Mais son jeune ami ne sembla pas une seconde perturbé. Il avait ouvert le livre à la première page et moins d’une minute après la tourna pour entamer la seconde.
L’Honorable se dit qu’il avait dû rêver, qu’il s’agissait sans doute d’une version traduite.
Il s’adressa à Feu Follet :
- Peux-tu me redonner ce livre un moment ? Je dois chercher quelque chose
- Bien sur, le voici
L’Honorable ouvrit le livre. Pas de doute, c’était bien un des tomes de la magistrale Ab Urbe Condita de Tite Live et le livre était bien en version originale ! Il le rendit à Feu Follet en demandant.
- Pourrais-tu me lire la première page, mes yeux sont un peu fatigués
Feu Follet rouvrit le livre et se mit à lire sans la moindre hésitation et dans un latin parfait.
- Mais Feu Follet, tu lis le latin ?
- Moi ? Et bien je ne sais pas, c’est la première fois que je lis un livre comme celui là ?
- Sais-tu ce que tu as lu ?
- Comment, je ne comprends pas
- Et bien, sais tu de quoi parle le texte
- Oui, c’est écrit, c’est l’histoire de Trajan, dans la première page il parle de sa naissance
L’Honorable prit un autre livre sur la pile. Celui-ci était de Jules César lui-même, le tome IV de sa Guerre des Gaules. Il le tendit à Feu Follet
- Peux-tu me lire celui-là ?
- Bien sur,
Et Feu Follet se mit à lire, en latin, puis à expliquer ce qu’il lisait.
L’Honorable était soufflé.
- Mais Feu Follet où as-tu appris à lire le latin ?
- Mais, c’est toi qui m’as appris à lire !
- Je t’ai appris à lire oui, mais pas le latin !
- Et c’est différent ?
- Comment différent ?
- Et bien le latin c’est différent de ce que tu m’as appris ?
- Bien sur que oui, le français, le latin ce ne sont pas les mêmes langues !
Feu Follet regardait son vieil ami avec des yeux ronds, il ne comprenait pas bien ce qui le surprenait, il lui avait demandé de lire, il avait lu, voilà tout.
L’Honorable se leva brusquement et alla jusqu’à la bibliothèque. Il attrapa l’Histoire de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide un autre historien, athénien cette fois. L’ouvrage était écrit en grec ancien.
Il le tendit à Feu Follet.
- Et celui-là tu peux le lire ?
Feu Follet tourna la première page et se mit à lire en grec ancien.
L’Honorable le regarda abasourdi.
- Que dit-il ?
- Et bien, c’est un peu comme les deux autres, mais un peu différent aussi
- Bien sur que c’est différent, c’est écrit en Grec !
Feu Follet regarda la page devant lui, L’Honorable avait raison, les lettres étaient différentes, elles ne ressemblaient aux autres livres. Mais pourquoi son vieil ami avait-il l’air si surpris !
L’Honorable se leva et retourna dans la bibliothèque pour prendre un livre de Cassius Dion, Le Roi Lear de Shakespeare, le Serpent Vert de Goethe le tout en langue originale. Il les passa à Feu Follet. Celui-ci sans hésiter et avec un accent impeccable se mit à lire les ouvrages les uns après les autres en grec, en anglais et en allemand !
Il s’intéressa particulièrement au Serpent Vert qui parlait de Feu Follet, mais il n’aima pas trop ce qu’il lut, ces Feu Follet là ne lui plaisaient pas.
L’Honorable dut se rendre à l’évidence, Feu Follet était naturellement polyglotte, et plus étrange encore, il ne s’en apercevait même pas !
19:59 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : trajan, thuclyde, tite live, serpent vert
25.02.2011
Les questions de l'Honorable (2)
Jour après jour Feu Follet arrivait aux aurores et repartait à la nuit tombée non sans avoir partagé le diner de l’Honorable.
Au début l’Honorable accepta cela comme un fait établi. Il se disait parfois, à voir les progrès de Feu Follet, qu’un jour il n’aurait plus rien à lui apprendre et peut-être qu’alors il s’en irait comme il était arrivé un jour, sans prévenir, sans rien demander. Alors il se réjouissait de ce temps passer ensemble.
Pourtant insidieusement, sans vraiment s’en rendre compte, il se mit chaque soir à s’interroger. Tout le jour il goutait au plaisir de la présence de Feu Follet, mais à chaque fois que la nuit tombait, quand Feu Follet le saluait et s’en allait, il replongeait dans ses pensées.
Qui était Feu Follet ? Qui était Feu Follet ? Combien de fois s’était-il poser cette question depuis le début de l’été ?
Il tentait de rassembler les bribes d’informations qu’il détenait, la chapelle, la Diseuse qui semblait en savoir plus qu’elle ne disait, les coins à champignons... Il tournait et retournait dans sa tête ces minces indices, mais ils ne le conduisaient nulle part.
Chaque nuit il se promettait que le jour suivant il interrogerait Feu Follet et chaque matin venu il se taisait maudissant sa curiosité.
A mesure que l’hiver s’installait il se sentait devenir maussade. Il surprenait parfois le regard étonné de Feu Follet quand il répondait un peu vivement à une de ses questions.
Une fin de journée qu’ils avaient passé à confectionner des bouquets de thym et de laurier pour les faire sécher, ils se trouvaient tous les deux assis à table finissant une potée de légumes.
L’Honorable était silencieux, il savait qu’après le repas, Feu Follet s’en irait et qu’il passerait encore la nuit à tenter de résoudre des énigmes.
Perdu dans ses pensées, il entendit à peine son jeune ami s’adresser à lui :
- Qui a-t-il Honorable ? Tu es préoccupé.
Il répondit d’un ton las,
- Non, non, tout va bien
- Je ne te crois pas, depuis quelques jours je t’entends marmonner. Le matin tu sembles fatigué. Es-tu malade ?
- Non, je t’assure tout va bien.
L’Honorable se sentait médiocre, voilà qu’il semblait jouer la grande scène du deux ! Il prit son courage à deux mains et dit
- Vois-tu Feu Follet, je m’interroge
- Tu t’interroges ?
- Oui je m’interroge
- Sur quoi t’interroges-tu ?
- Et bien… je m’interroge sur… toi !
- Sur moi ?
- He Feu Follet vas-tu cesser de répéter tout ce que je dis ! S’emporta L’Honorable tout en sentant venir le fou rire mérité par le ridicule de la situation. Puis il ajouta
- Et bien oui je m’interroge sur toi, je me pose des questions et des questions, je me demande si, et quand et pourquoi et combien de temps et où… et …
- Et tu te poses toutes ces questions à mon propos ?
- Oui
Feu Follet sembla réfléchir un instant puis il reprit en regardant l’Honorable en louchant un peu comme à chaque fois qu’il se concentrait :
- Dis-moi
- Oui ?
- Ça fait longtemps que tu te poses ces questions ?
- Ben oui avoua un peu piteusement l’Honorable
- Et tu n’as pas trouvé de réponses ?
- Ben non,
- Et dis-moi
- Oui ?
- Pourquoi ne me les poses-tu pas ces questions ?
L’Honorable regarda Feu Follet. Celui-ci le fixait avec un sourire espiègle
- Et bien
- Oui ?
- Disons que …
- Disons que quoi ?
- Disons que je n’osais pas… voilà
- Et pourquoi n’osais tu pas
- Et bien… et puis tant pis, je n’osais pas et voilà tout. Et arrête de me poser des questions !
Feu Follet leva les yeux au ciel,
- Tu es quand même le plus drôle de tous les vieux bonhommes de la terre
- Moi ? Vieux bonhomme ? Non mais ! Je t’interdis de m’appeler vieux bonhomme !
- Pardon, tu es quand même le plus drôle de tous les Honorables vieux bonhommes du monde ! Cela te va comme ça ?
L’Honorable éclata de rire, se libérant d’un coup du poids qui pesait sur sa poitrine depuis plusieurs jours.
Il choqua sa tasse de thé contre celle de son jeune ami
- Et toi tu es le plus incroyable de tous les Feux Follet du monde, même si je n’en connais qu’un ! Désormais c’est promis, je te poserai autant de question que toi tu m’en poses !
- D’accord dit Feu Follet nous avons un marché, chacun une question. Mais attention, tu n’auras le droit à ta question que si tu parviens à répondre à la mienne !
- D’accord topons là !
Ils échangèrent un serment de maquignon, paume contre paume, puis reprirent leur méditation tasse de thé à la main en regardant la pénombre envahir le coteau.
L’un et l’autre se disait qu’il se passerait sans doute un bout de temps avant que l’Honorable ne formule ça première question.
23:21 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : feu follet, honorable
23.02.2011
La préparation de l'hiver (1)
Cette fois l’automne était vraiment là. Il avait hésité quelques temps alternant semaines d’été et jours de pluie. Mais depuis quelques jours la saison s’était installée. Le temps s’était rafraichi, les feuilles avaient déserté les arbres on sentait presque déjà poindre l’hiver.
Depuis la cueillette de champignons Feu Follet n’avait plus disparu. Il passait quasiment tous les jours voir l’Honorable. Ils préparaient tous les deux les réserves de l’hiver. Les gelées de pommes étaient allées rejoindre les bocaux de confitures de mures, les pommes de terre étaient remisées à la cave, les champignons séchés… De part et d’autre de l’âtre pendaient jambons et saucisses qui finissaient de fumer.
Ensemble ils avaient commencé à entreposer les dix stères de bois que le cocher avait livré. Les journées épargnées par la pluie ils allaient récolter des fagots de branchages qu’ils alignaient dans la grange pour qu’ils sèchent.
L’Honorable aimait ce travail de préparation de l’hiver. Il se réjouissait de la présence de Feu Follet. Chaque jour il arrivait aux aurores. Ils mangeaient une tartine avec leur thé puis ils faisaient le plan de bataille de la journée.
Feu Follet avait déniché caché derrière de vieux bocaux, un vieil almanach empli de recettes et d’astuces pour passer l’hiver en quasi autarcie. Et il voulait absolument tout essayer !
Pour préparer du vin et de l’huile pendant l’hiver, ils avaient récolté des seaux de noix qu’ils avaient déversés au milieu de la grange. Ils s’étaient ensuite assis tout les deux sur de petits tabourets de chaque côté du monticule pour dégager la noix de sa coque charnue. Il avait fallu presque une semaine pour que Feu Follet retrouve une couleur claire tant il s’était barbouillé de brou de noix ! Ils avaient alors rempli deux grands sacs qu’ils avaient entrés dans la maison. Les loirs n’étaient pas loin et eux aussi constituaient leurs réserves !
Un matin Feu Follet avait découvert dans le vieux livre une recette de confiture de potiron ! L’Honorable eut beau lui expliquer que le potiron se conserverait bien tout seul pendant l’hiver et que s’il pourrissait quand même il n’en pleurerait pas vu qu’il détestait toutes les formes de courges, Feu Follet ne voulut pas en démordre, il ferait de la confiture de potiron !
L’Honorable céda donc et se fit livrer par le cocher deux énormes citrouilles orange vif que Feu Follet découpa péniblement en petits cubes. Puis il sortit le chaudron et mélangea savamment les doses exactes de sucre et potiron mentionnées dans la recette. Cette fois il n’y eut pas d’accident, la leçon de la confiture de mure avait portée ses fruits.
Il récupéra les derniers bocaux les remplit de la mixture, les ébouillanta, les fit refroidir et les aligna sur le buffet fier de lui.
L’Honorable le regardait par-dessus ses lunettes se gardant bien d’intervenir.
A peine quelques mois auparavant Feu Follet découvrait la confiture de mure et voilà qu’il prenait en charge la confection de la confiture de potiron ! Il avait peine à le croire, son jeune ami semblait grandir à vue d’œil.
Un matin toutefois il dut mettre le holà à son enthousiasme. Ils étaient tous deux attablés buvant leur thé matinal. Feu Follet feuilletait les pages du grimoire quand il tomba en arrêt devant une recette : le pâté de hérisson ! La pauvre bête était accommodée d’une marinade de vin, de gingembre, cannelle, safran, muscade et de sucre doux. Puis cuite au four avant d’être mise en bocaux pour l’hiver.
Feu Follet insista pour essayer la recette au grand dam de l’Honorable. Comment son jeune ami qu’il croyait si soucieux de la nature pouvait-il imaginer cuisiner ce petit animal si sympathique ! Allait-il lui proposer demain de faire un rôti de chat ? Un pot-au-feu d’hirondelles ?
Il ferma le livre d’un coup sec et entraina Feu Follet à l’extérieur, il restait au moins trois stères de bois à rentrer ça le calmerait de ses ardeurs culinaires !
23:17 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : potiron, pâté de hérisson
02.01.2011
Le temps est à la réécriture... la voix revisitée
La voix
Au début ce furent les pigeons. Ils en avaient vu des choses étranges dans ce parc. Mais le pigeon est curieux et le bourdonnement qu’émettait cette deux-jambes, était étrangement apaisant.
Alors ils s’étaient installés là, un moment, rompant avec leur quête incessante des miettes sous les chaises
Puis vint un chat. Un vieux chat de parc tout pelé, avec une oreille en dentelle, souvenir d’une lutte pour une belle un soir de printemps. Il trottinait, revenant d’avoir mangé la pâtée qu’une dame charitable lui glissait chaque jour à travers la grille.
16:13 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
27.12.2010
Noël
On est tout entassé
dans nos Pyrénées
de Paris
C'est doux, c'est chaud
Tendres pensées à tous ceux que j'aime
00:03 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12.11.2010
Vieux fou (suite)
Et la Diseuse alors ? Cela faisait bien longtemps que l’Honorable connaissait la Diseuse. Elle était, dans le hameau, celle qui savait de lui plus qu’il ne montrait. Pourtant ils se voyaient peu. Quelques paroles échangées quand ils se croisaient, des pots de confitures dans un sens, de vieux livres rafistolés dans l’autre. Cela suffisait et ni l’un ni l’autre n’en demandaient plus.
La Diseuse connaissait l’existence de Feu Follet, elle l’avait un jour conseillé sur la lecture, à d’autres reprises il s’était trouvé là alors qu’elle venait rendre visite à l’Honorable. Voilà donc quelqu’un qui aurait pu dire à cet imbécile que Feu Follet n’était pas le produit de l’esprit dérangé d’un vieux fou !
Mais l’Honorable s’arrêta un instant dans ses réflexions. La Diseuse ? La Diseuse témoin de bonne santé mentale ? Il éclata de rire malgré lui. La Diseuse était sans doute le moins crédible garant de lucidité de tout le comté. D’ailleurs il était bien le seul à l’appeler « la Diseuse », dans le hameau on préférait dire « la vieille », ou « la folle » ou certains dans un murmure « la sorcière »… Une vieille folle pour attester qu’un vieux fou n’était que vieux ! Il rit de bon cœur à cette idée, et se trouva heureux d’en rire. Cela n’arrangeait pas ses affaires, il perdait un témoin, mais il se réjouissait une nouvelle fois que cette femme devant qui les plus grands s’étaient courbés, se moquait totalement aujourd’hui d’être considérée comme la folle du village, ne souhaitant consacrer les années qui lui restaient qu’à sauver des livres et des mots de l’oubli.
Ce petit détour lui avait fait du bien, il enfourna machinalement la branche de thym dans sa poche. Et alors, s’il n’était qu’un vieux fou, était ce si grave ?
Il prit sa canne et décida qu’une marche lui ferait du bien. Il évita le hameau et pris le chemin du coteau.
Comme à l’accoutumée le rythme de son pas délivrait sa pensée. La Diseuse, non, il n’irait pas la voir et il ne chercherait pas plus le Cocher. Non qu’il eut peur de les entendre dire qu’il était bien ce vieux fou dont parlait l’homme du rêve, mais parce que ce serait un outrage, un outrage fait à Feu Follet de parler de lui en son absence, d’évoquer même l’idée qu’il puisse n’être que le produit de son imagination.
Il ne posait pas de questions à Feu Follet, ou pour le moins pas de question sur lui, il ne lui avait jamais demandé d’où il venait, où il vivait, combien de temps il comptait rester dans la vallée… et là il irait poser ces questions à d’autres ? Non, c’était inenvisageable, grossier, indigne…
Il se dit un instant que le moqueur aurait sans doute dit que tous ces arguments n’avaient d’autre but que d’éviter la réalité, mais quelques pas plus loin il chassa cette pensée, expulsant le malfaisant du domaine des songes, le renvoyant à son monde calibré, rassurant, sinistre, où jamais l’ombre même d’un Feu Follet ce se serait aventurée.
Feu Follet était un cadeau, qui venait de lui faire passer le plus bel été sans doute de toute sa vie. Qu’il soit réel ou non au regard des autres importait peu, il l’était au sien, cela lui suffisait.
Ragaillardi il redescendit le coteau à grandes enjambées jusqu’à sa maison. Il poussa le portail et aperçu, sur le banc à côté de la porte Feu Follet. Il était là, assis en tailleur, avec sur ses genoux le vieux chat ronronnant. Il leva les yeux et avec un grand sourire l’accueilli d’un joyeux Bonjour l’Honorable ! On ouvre un pot de confiture avec le thé ?
L’Honorable sourit, oh oui il était beau cet été !
19:15 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : feu follet honorable
30.10.2010
Vieux fou
Un matin l’Honorable se réveilla d’un étrange rêve, le cœur battant
Dans le souvenir embrouillé des songes il parlait avec un homme qu’il n’avait vu depuis presque 4 décennies, un jeune professeur déjà très imbu de lui-même et qu’il avait dû côtoyer quelques années.
Dans son rêve l’Honorable était tel qu’aujourd’hui et cet homme se gaussait de lui en pointant son index sur sa poitrine «Tu n’es qu’un vieux fou ! Qui est ce Feu Follet dont tu me parles ? Tu as perdu l’esprit ! »
Entre sommeil et songe, l’Honorable se sentait empli de colère. Le jour était à peine levé. Il respira un grand coup et accrocha son regard aux objets familiers autour de lui, les livres entassés sur la tablette, le rayon encore faible de lumière au travers des persiennes… forçant son esprit à sortir du rêve.
Comment avait il pu parler de Feu Follet à ce sinistre personnage ? Comment l’avait il laissé dire qu’il n’existait pas ?
Il décida de se lever et accomplit machinalement les gestes du quotidien, l’eau fraiche sur le visage, l’eau bouillante sur le thé, la porte ouverte au vieux chat… Il ouvrit grand les volets, fit entrer l’air frais de l’automne, décida qu’il était temps de rentrer un peu de bois, bu deux tasses de thé, fit le tour du jardin, caressa le chat, nettoya la théière… Il réalisa tout cela avec précision mais sans parvenir à chasser de son esprit l’écho de son rêve « tu n’es qu’un vieux fou, vieux fou… »
Vers midi il s’assit sur le banc devant la maison et, de guerre lasse, accepta de revenir au songe.
Alors comme ça il ne serait qu’un vieux fou.
Vieux assurément il l’était, il avait déjà beaucoup vécu, il marchait avec une canne, il avait des tas de souvenirs et de livres, il sentait la mauvaise saison dans ses articulations avant qu’elle n’arrive, il lui arrivait parfois de radoter même s’il n'aimait pas s’en rendre compte.
Mais se pouvait-il qu’il soit devenu un vieux fou ? Ne s’en serait-il pas aperçu ? Il poursuivit sa réflexion. La folie n’était ce pas justement cela ? Ne pas savoir que l’on en est atteint ?
Et puis qui aurait pu lui dire qu’il était fou ? Il croisait bien quelques personnes dans le hameau, mais n’échangeaient avec elles que quelques propos sur le temps, les saisons…
Avec qui parlait-il vraiment ? Qui le connaissait suffisamment pour savoir si son esprit n’était pas en train de se détacher de la réalité ? Pour lui dire les yeux dans les yeux « Tu sais mon vieux. Tu es devenu fou ».
Il médita un moment sur cette idée, mi troublé, mi amusé. Y avait-il réellement quelqu’un capable de lui dire qu’il était fou ?
Puis il réalisa, plus inquiet qu’il ne l’aurait avoué, que oui, il y avait bien quelqu’un qui pouvait le lui dire, quelqu’un avec qui il parlait, avec qui il buvait du thé à toute heure du jour et de la nuit, avec qui il arpentait les alentours…Feu Follet !
Feu Follet et les conversations qui pouvait durer des heures, Feu Follet et ses milles questions, Feu Follet qui surgissait toujours là où on ne l’attendait pas, qui le sauvait de l’orage, qui ressuscitait les oiseaux, qui n’avait jamais fait de confiture de mures… Feu Follet qui embrasait le bois d’aubépine, qui ne savait pas lire mais apprenait en deux nuits, Feu Follet et la voute de la chapelle… Feu Follet qui n’avait pas d’âge…
Sérieusement, se dit-il à lui-même, si un autre que lui, pas tout jeune, lui parlait d’un Feu Follet et de toutes ses extravagances, ne lui dirait-il pas, comme venait de le faire dans son rêve cet abruti de jeune professeur, qu’il n’était qu’un vieux fou ?
L’Honorable ne sut que faire de tout cela. Il resta assis sur le banc, maudissant ce rêve, maudissant cet homme du passé, se maudissant de ne pouvoir le chasser de son esprit.
Que devait-il faire ? Lui donner tort évidemment, se prouver à lui même que ce rêve n'avait pas de sens. Mais qui d’autre que lui connaissait Feu Follet ?
Il y avait bien le Cocher. Oui il devait assurément ce souvenir de ce jour où Feu Follet était apparu de nulle part, sur le chemin, effrayant les chevaux. Mais où le trouver ? Il parcourait la plaine, il pouvait se passer des semaines avant qu’il ne le croise.
« Vieux fou » un instant l’Honorable se laissa emporter par l’inquiétude. Et si le Cocher n’était aussi que le produit de ses rêves ? Un cocher et quatre chevaux noirs au galop… l’homme du passé ne se serait il pas aussi moqué de cette étrangeté ?
L’Honorable se leva. Non ! Il ne devait pas laisser son esprit divaguer ainsi… Mais rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Il se sentit glisser. Et si rien n’était réel ? La tasse de thé, la chaleur pale du soleil… Il froissa entre ses doigts une branche de thym pour en respirer l’odeur. Les fous sentent-ils des odeurs imaginaires ?
10:38 Publié dans Feu Follet et l'Honorable | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : feu follet, l'honorable, fou
26.09.2010
humanité
Et comment aurais-je reconnu en vous
ce que j'ignorais mien ?
22:45 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25.09.2010
Douceur
Et la douceur vint,
de surcroît
14:43 Publié dans Mots bleu | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21.09.2010
violences urbaines
Tessons au sommet du mur d'enceinte de la villa recluse dans le quartier trop populaire, arceaux sur le banc public, sieste interdite, tiges de métal effilées sur l'appui des vitres fumées de l'immeuble de bureaux, vigiles à toutes les sorties du centre commercial, grille autour du tronc de l'arbre rabougri du trottoir, badges et digicodes, chats stérilisés, barrières de sécurité, interdit de pisser, de peindre, de taguer, défense de fumer, scooter trafiqué, baignade interdite, judas, ascenseur en panne, bus bondé, perturbations sur la ligne, silence s'il vous plait, accès réservé...
et des sourires par milliers, pas trop cuite n'est ce pas la baguette ?, le bus qui s'arrête après l'arrêt pour le monsieur qui courrait, la dame aux pigeons, celle aux chats, le petit miroir trouvé au vide grenier, les 100 lecteurs de la rame bondée, le bouquiniste des puces, le micro bout de pelouse colonisé, le meilleur melon du marché, la souris au prix de l'épaule chez le boucher, la sieste le long du canal, la porte de l'ascenseur tenue, le soleil qui éclaire la façade décrépie, le géranium à la fenêtre, les livres sur le banc du parc, le p'tit noir au café du marché, les amis qui débarquent, le bruit des gens, rassurant...
la ville,
23:37 Publié dans Mots de ma ville et d'ailleurs | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
plume
Ça me re-démange, se dit-elle un soir, un peu étonnée,
mais pas encore assez
Elle referma l'encrier.
01:17 Publié dans Mots d'âme | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
larmes
il suffit un jour de savoir qu'elles pourraient être séchées, avec douceur...
pour ne plus avoir à les pleurer
01:13 Publié dans Mots d'âme | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
09.06.2010
rêves
"Tu n'es pas l'homme de mes rêves" lui dit-elle
et elle ajouta
"heureusement,
mon amour"
00:42 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
04.05.2010
Urgent
voilà plus de 4 mois que Stéphane et Hervé sont retenus en otage en Afghanistan, ils ont besoin de vous
signer la pétition du comité de soutien, faites la circuler, ne rien faire serait insupportable
http://www.soutienherveetstephane.org/
merci
21:29 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hervé et stéphane
03.04.2010
un monstre
des dizaines de pages à l'encre serrée
jetée en vrac jours après nuits
un monstre
trace du passage
pas de côté
réclamant la lumière
l'autodafé impossible
16:31 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
je n'écris plus
peut-être parce que je vis
peut-être que la tristesse était moins impudique que la joie
que pourrais-je écrire
que l'amour m'étonne, jour après jour,
que je cherche la fadeur sans la trouver
que le bonheur ne me lasse pas
que chaque jour cette étrangeté m'éveille
et que je m'endors sans l'avoir résolue,
écrire me manque
mais l'encre a changé
ma plume est mal habile à l'user,
16:22 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25.02.2010
Tornac
Notre petit fantôme blanc des montagnes a grandi
22:34 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









